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 Chronique Reporterre. Il était un maraîchage bio... sauvé par la solidarité + Elle est médecin, il est paysan ... + Tant qu’il reste des vélos, des castors et des cours d’eau...

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MessageSujet: Chronique Reporterre. Il était un maraîchage bio... sauvé par la solidarité + Elle est médecin, il est paysan ... + Tant qu’il reste des vélos, des castors et des cours d’eau...    Mer 17 Sep - 7:26

Mardi 16 septembre 2014

Il était un maraîchage bio... sauvé par la solidarité - Chronique Reporterre - Saison 1 Episode 1

Parce que le discours politique doit être irrigué de parcours singuliers et d’expériences vécues, sous peine de se transformer en formules vides de sens, cette chronique se veut le reflet du local et de l’humain, et se fera l’écho d’un lieu où se vit l’écologie concrète.

Voici l’histoire du village de Saint Roman, dans la Drôme, où un mouvement de solidarité local et spontané s’est lancé cet été pour aider un maraîcher bio à bout de souffle...

Le « terrain », c’est un hectare et demi de maraîchage bio à Saint Roman dans le Diois, autour duquel gravite un petit groupe d’amis qui concentre à lui seul pas mal d’expériences, de tranches de vie, et d’écologie concrète. Alors quand Reporterre m’a proposé de tenir une chronique mensuelle, j’ai eu envie de raconter leur histoire.

Parce que ce sont ces parcours, ces singularités et leurs anecdotes qui doivent irriguer le discours politique. Parce que quand on parle des difficultés du monde paysan, de la pollution des rivières ou du bétonnage des terres, ce ne sont pas juste des formules : il y a des vies derrière. Et parce que des communiqués, analyses plus ou moins brillantes et commentaires de l’actualité il y en a déjà plein partout et ce n’est pas toujours très réjouissant.

Alors cette fois j’ai eu envie de montrer cette face du quotidien, du local, de l’humain. Des chroniques du Diois, en mode local, qui illustrent et incarnent les problématiques globales.

Die, Drôme. Ce n’est pas tout à fait le Paradis ici, mais pas loin. Avec une pincée d’écosocialisme ça pourrait le devenir rapidement. La vallée, au pied du Vercors, possède tout ce qu’il faut de terres agricoles, de forêts et d’eau : la Drôme, une des dernières rivières sauvages d’Europe. Avec un zeste d’esprit de résistance hérité du maquis, qui fait de Die, selon la rumeur, un des lieux témoins de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) pour prendre la température du pays.


Depuis six ans que j’y suis installée, je n’ai cessé de parcourir la France entière sans avoir vraiment le temps de m’y poser. Notre arrivée ici n’a précédé que de quelques semaines la création du Parti de Gauche, en novembre 2008. J’étais partie cultiver mon jardin, je me suis retrouvée à courir de train en train.

Solidarité locale

Mais cet été j’ai fait un pas de côté, et des tribunes politiques je me suis retrouvée à quatre pattes dans les champs, à la cueillette des haricots verts, des cœur-de-bœuf et des poivrons, à discuter humus et révolution. Parce que cet été le grand Guillaume, notre maraîcher, a été obligé de faire une pause vitale et de suspendre l’activité. Stoppé net.

Trop de soucis financiers, de pression accumulée, plus assez de cette envie engloutie dans les pannes de matériel et dans cette terre lourde et ardue. Alors on s’y est tous mis. Pour faire mentir les statistiques, parce qu’il fallait assurer la saison, pour Guillaume, pour l’exploitation.

Parce que la plupart d’entre nous n’étant pas agriculteurs, mettre les mains dans la terre quelques heures par semaine ça nous faisait marrer. Parce que quand tu n’es pas seul à creuser le sol, quand ce n’est pas le métier dont dépend ta survie, quand tu peux t’arrêter au bout de trois heures, le dos déjà cassé, ça peut rester du bonheur.

Du jour au lendemain, un Doodle a été créé et des motivés se sont inscrits de partout, naturellement, pour venir prêter la main. Le fermier voisin, une doctoresse, un retraité engagé, une jeune avocate de droit de l’environnement, un loueur de bicyclettes, un groupe de squatteurs, une infirmière, un créateur de bijoux...


Tôt le matin pour ceux qui enchaînaient ensuite avec leur propre activité, par demi-journées, chacun selon ses possibilités. A plein temps, Martin, en stage de projet de reprise chez Guillaume avec un an d’activité avant de se décider. Il s’est retrouvé à superviser le tout, donnant ses indications, envoyant les uns arracher les mauvaises herbes, les autres laver les légumes.

Damien, mi-graphiste mi-ouvrier agricole bénévole avec Guillaume depuis trois ans, a continué de raconter ses blagues entre deux planches de tomates tout en améliorant la plateforme de lavage. Dans les travées ça discutait politique, kolkhoze et solidarité. On a fait une belle saison en refaisant le monde.

Repenser la place des paysans dans la société

Et Guillaume est rentré. En forme. J’ai discuté avec lui ce matin sur le marché. Il a décidé d’arrêter. Cette saison de toute manière c’était la dernière pour lui, celle lui permettant de ne pas avoir la DJA (Dotation Jeunes Agriculteurs, aide financière à l’installation versée par l’État) à rembourser. Elle a failli être la saison de trop. Et finalement, par la magie combinée d’un petit Doodle et d’une grande solidarité, aujourd’hui le terrain est nickel.

Des gens se sont rencontrés, Martin a fait sa formation en accéléré et songe à s’installer. Guillaume de son côté a des pistes pour faire profiter d’autres jeunes agriculteurs de son expérience dans une pépinière, plus bas dans la vallée.

Et moi j’affûte mes idées, et je m’interroge sur les critères de bonification qu’on défend à la Région pour motiver des jeunes à aller s’installer dans les coins les plus durs et les plus reculés. Je m’interroge sur le prix des légumes sur le marché, où on vend une misère les haricots verts qu’on a mis des heures à faire pousser et à récolter.


Je m’interroge sur la chute de la part des dépenses des foyers consacrées à l’alimentation alors que les dépenses de santé ne cessent de s’envoler. Je m’interroge sur la place des paysans dans la société.

Dans un documentaire sur la « révolution verte » forcée à Cuba, il est dit que là-bas ils sont parmi les travailleurs les mieux payés, et socialement les plus valorisés. Ici dans les villages on vend les fermes que plus personne ne veut reprendre. Elles deviennent des résidences pour vacanciers, des lieux qui ne sont habités qu’un mois dans l’année. Et ceux qui nous nourrissent ressemblent de plus en plus à des supermarchés. Heureusement il y a des Guillaume et des Martin. Mais il va falloir les aider...

À suivre...

Corinne Morel Darleux

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Dernière édition par Admin le Jeu 13 Nov - 12:14, édité 5 fois
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MessageSujet: Elle est médecin, il est paysan ... - Chronique Reporterre - Saison 1 Episode 2   Mer 15 Oct - 4:37

Mercredi 8 octobre 2014

Elle est médecin, il est paysan ... - Chronique Reporterre - Saison 1 Episode 2

Elle est médecin, il est paysan. Les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles, Jean-Marie et Domi travaillent maintenant à la convergence des mouvements écologistes et anti-capitalistes.


Parce que le discours politique doit être irrigué de parcours singuliers et d’expériences vécues, sous peine de se transformer en formules vides de sens, cette chronique se veut le reflet du local et de l’humain, et se fera l’écho d’un lieu où se vit l’écologie concrète.

Quand on quitte la route de Saint Roman, dans le Drôme, au moment où le goudron cède la place à un chemin de terre, se trouve une grande bâtisse et une voie ferrée. Juste à côté du terrain de Guillaume le maraîcher.

Quand le soir tombe, après le train de 18h23, on voit parfois passer deux silhouettes accompagnées d’une vache, deux chevaux, un petit troupeau de chèvres et deux chiens. Ce sont Jean-Marie et Domi, les propriétaires du terrain. Ils ont aidé Guillaume quand il s’est installé, et il n’était pas rare cet été de voir Jean-Marie passer donner un coup de main dans les champs avant sa propre saison de moisson des blés.

Nourrir et soigner

Jean-Marie et Domi se sont rencontrés à la fac de médecine. Mais à la fin de ses études, lui s’est dit que finalement, au lieu de soigner des patients, il préférait les aider à ne pas tomber malades. Sa médecine de prévention ? Une alimentation bio, de qualité.

Libérée des pesticides pointés du doigt par l’association Générations Futures et les médecins du Limousin, alertés par le nombre croissant d’affections à proximité des pommeraies. Une agriculture émancipée de la dépendance aux engrais chimiques et autres dérivés du pétrole. Une culture de rotation des sols, d’agro-écologie associant plantes et animaux, au sein d’une ferme qui est à elle seule un véritable petit écosystème où les différentes variétés s’entraident, synonyme au final d’une nourriture saine.

Domi, elle, a continué son activité de médecin. Aujourd’hui elle reçoit les patients que la médecine traditionnelle a déçus ou échoué à soigner. A eux deux, ils combinent ainsi les deux activités les plus intimement liées aux besoins humains de base : nourrir et soigner, sans hypothéquer la capacité de la nature à se régénérer.

J’y vois une cohérence fondamentale. De tout temps, les deux premiers services écosystémiques ont toujours résidé dans la capacité de la nature, faune et flore, à fournir aux êtres humains de quoi s’alimenter et guérir ses plaies.

Un terrain d’expérimentation

Leur installation dans le Diois date de la fin des années 80. En zone isolée de montage, où les saisons sont courtes et le sol argileux, les terres étaient encore bon marché. Ils en ont fait un véritable terrain d’expérimentation, et ont été parmi les acteurs essentiels du développement de l’agriculture biologique dans ce département de la Drôme qui fut un pionnier en la matière.


Petit à petit, ils en sont venus au militantisme, tout naturellement, comme un prolongement de leur parcours personnel de recherche d’une vie en harmonie avec l’environnement. C’est ainsi que Jean-Marie a été élu maire de son village sans passer par la case parti. Dans ces zones rurales, bien souvent, l’étiquette est jugée superflue.

Là, c’est un projet de barrage qui a tout déclenché. Un barrage sur-dimensionné, dont la réalisation aurait été un désastre pour la vie locale, la biodiversité et l’activité paysanne. Jean-Marie a flairé le piège avec la moitié du conseil municipal, et à eux six ils ont décortiqué le dossier, visité des installations similaires et bataillé, pour au final réussir à démonter le projet en prouvant qu’il n’était pas viable. Et ainsi pris goût à l’action collective et aux radicalités ancrées dans le concret.

Un exemple ? Aujourd’hui, dans sa ferme Jean-Marie accompagne le concepteur d’un prototype de moulin en pierre naturelle, destinés aux petits céréaliers, qui leur permettrait de produire la farine sur place et de relancer l’activité des paysans, meuniers et boulangers en circuit court avec de la farine produite, moulue, transformée et vendue au pays. Un vrai « défricheur », comme celles et ceux que j’avais présentés à Eric Dupin lors de son passage en Drôme pour son dernier bouquin.

Tous deux ont eu un flash cette année en lisant la passionnante bande dessinée « Saison Brune » de Philippe Squarzoni, à la fois récit, enquête et essai sur le climat et l’écologie. Ils se sont dit qu’il fallait faire quelque chose, au-delà de leurs propres activités locales, pour que ça bouge vraiment fort et vite à un niveau plus global.

Ils ont percuté sur l’incompatibilité majeure entre le système capitaliste, basé sur une concurrence effrénée, et la nécessaire prise en compte de la finitude des ressources naturelles. Et ont commencé à se renseigner sur ce qui se faisait dans le champ politique.

Fédérer et faire de l’écologie vraiment

C’est ainsi que je les ai rencontrés. Ils connaissaient mon mandat régional, avaient eu vent de mes engagements sur l’écologie, sont allés sur mon blog et ont voulu en savoir plus sur l’écosocialisme. On a passé un long moment à discuter sur leur terrasse en buvant du vin de noix dans des verres minuscules face à la voie ferrée.

A discuter agriculture, santé, engagement politique et climat déréglé. Et à la fin de la soirée, j’ai invité Jean-Marie à venir au remue-méninges du PG à Grenoble, juste de l’autre côté du Vercors, pour se faire sa propre idée. Il a ainsi pu assister à la réunion de notre commission Écologie, puis au grand débat que j’animais sur l’écosocialisme.


Positivement surpris de constater l’affluence et l’enthousiasme des 450 personnes réunies dans le grand amphi autour de ce projet, et de voir rassemblés autour de la table des représentants du PG mais aussi de Ensemble, du PCF, du NPA, le philosophe Henri Pena-Ruiz et le rédacteur en chef de Fakir François Ruffin, et même un membre du PS en dissidence et économiste atterré, avec les excuses et le soutien d’EELV et de Nouvelle Donne pris par leurs propres journées d’été.

De toutes ces réflexions et observations, Jean-Marie et Domi ont conclu que l’écosocialisme pouvait bien être le projet qui nous manquait pour fédérer toutes les bonnes volontés, proposer une alternative au capitalisme et au final faire de l’écologie vraiment, en allant à la racine des causes, loin des politiques actuelles qui font semblant de s’agiter.

Ils se sont emparés du Manifeste qu’ils ont dévoré, ravis d’y retrouver des idées qu’ils pressentaient sans les avoir jamais vraiment formulées.

Jean-Marie est adhérent de Nouvelle Donne. Il a commandé dix exemplaires du Manifeste pour l’écosocialisme qu’il s’apprête à mettre en débat au sein de leur comité Drômois. Et il a suivi d’un œil très intéressé la rencontre de Reporterre au théatre Dejazet.

La convergence passe parfois par des voies inattendues... En repartant de la base, de l’humain, et du projet. Autour d’un plant de tomates, les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles. En rentrant de la ferme de Saint Roman ce soir là, loin des pollutions lumineuses des villes, on s’est arrêtés sur le bord de la route pour regarder la Voie Lactée.

Corinne Morel Darleux

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MessageSujet: Tant qu’il reste des vélos, des castors et des cours d’eau... - Chronique Reporterre - Saison 1 Episode 3   Lun 10 Nov - 7:30

Dimanche 9 novembre 2014

Tant qu’il reste des vélos, des castors et des cours d’eau... - Chronique Reporterre - Saison 1 Episode 3

David tenait une boutique de vélos, fonctionnant à l’électricité verte, avec lesquels on pouvait se balader le long de la dernière rivière sauvage des Alpes. La crise a fermé la boutique, la pollution et le réchauffement climatique menacent l’équilibre du cours d’eau. Mais pour l’heure, on peut encore voir des écrevisses à pattes blanches dans la Drôme.


David, quarante ans, les yeux rieurs et le chapeau vissé sur la tête, une cigarette roulée au bec. On le croise tantôt l’été aux champs quand il s’agit de prêter la main au terrain, tantôt au comptoir chez Annie autour d’un petit verre de blanc ordinaire à cinquante centimes avec les gars du coin.

Mais le plus souvent, c’est dans sa boutique, occupé à serrer des boulons et à regonfler des pneus, qu’on passe le saluer. Son métier, c’est loueur de vélos, des bicyclettes à assistance électrique. Et croyez-moi, dans le Vercors quand il s’agit de partir à l’assaut du ciel et des montagnes, le petit coup de pouce électrique, ici fourni par par Enercoop, ça a son utilité.

L’idée était belle

Avant, David était gestionnaire de campings. Une activité qui l’a mené aux quatre coins de France, aiguisant sa gouaille de petit-fils de gitane et lui donnant une expérience de gestion affûtée. Des vélos pour tous, l’idée était belle : de l’écomobilité pour les touristes l’été, de la longue durée pour les habitants hors saison. Et dans le Diois un emploi qui se crée c’est un peu la fête.


Tout le monde a donc abondé, les collectivités, la Région et les fonds européens, les programmes d’initiative et de développement rural, et la boutique a pu se monter. Des circuits sur mesure pour aller de producteur en producteur dans la Vallée de Quint, des concerts et performances artistiques avec des rendez-vous tenus secrets et des animations imprévues, des dépannages assurés en camionnette en cas de souci, et de la bonne humeur comme s’il en pleuvait.

Las, trois ans plus tard, force est de constater que la crise nous rattrape jusque dans la vallée : les touristes arrivent le coffre de leur voiture déjà chargé de tout ce qu’il leur faut pour le séjour, les commerçants locaux sont dépités. Et quand il s’agit de s’offrir en famille une demi-journée d’activités de loisirs, il faut faire des choix au plus serré, et pour le même prix on retrouve les gamins à l’accrobranche ou sur un kayak à descendre la Drôme, plutôt qu’à vélo pour pique-niquer en haut du Col du Royer.

Alors la boutique va fermer. Et David revend les vélos. Ceux qui m’ont permis de faire mon premier col, fière et ravie. Ceux qui nous ont emmenés près d’une boucle de la Drôme cet été. Après un apéro-diner chez Guillaume, on s’était dépêchés de partir avant que la nuit tombe pour aller voir les castors.

La dernière rivière sauvage

C’est David qui nous avait parlé de ce coin qu’il avait repéré en se baladant comme à son habitude le long de la rivière. Et effectivement, en s’approchant tout silencieusement, en scrutant les remous de l’eau, on a pu les observer. Se prendre un fou rire vite étouffé pour ne pas les effaroucher, à voir un des castors se prendre une grosse pierre en voulant surfer sur le dos le long du courant.

La Drôme est la dernière rivière sauvage des Alpes. Vierge de toute intervention humaine, sans entrave ni barrage. Des berges naturelles, un cours changeant, le débit variant avec les intempéries. Les lendemains d’orage, l’eau se charge et devient marron, l’hiver la fonte des neiges fait doubler son volume, les jours de calme elle retrouve ses tons bleu lagon.

D’un été sur l’autre, l’emplacement des trous d’eau se modifie, les lieux de baignade aussi. La rivière est vivante. Elle fournit le plaisir des yeux, au creux de la vallée le long de la voie ferrée, elle rafraîchit les jours de grosse chaleur, elle accompagne les promeneurs.


Depuis sa source, à 1.200 mètres d’altitude dans le Haut Diois, ses ramifications permettent aux agriculteurs d’irriguer leurs cultures. En amont, ils fournissent les bassins d’élevage de la truite d’Archiane élevée en montagne. Plus loin, un affluent fait tourner une turbine qui fournit de l’énergie hydro-électrique. Là, c’est un atelier de transformation d’herbes aromatiques et médicinales qui s’y approvisionne.

Ici enfin, c’est un lac, formé par des éboulis rocheux, qui ravit pêcheurs et baigneurs. Et sur le site des Ramières, classé réserve nationale naturelle et situé un peu plus bas en allant vers le Rhône, on retrouve plus de 650 espèces végétales, des milans noirs, un poisson endémique, l’Apron du Rhône... Et des castors.

Tant qu’il reste des castors...

Certains jours pourtant, la baignade est interdite pour cause de pollution. Pas celle des grosses industries, il n’y a pas d’usine ici. Non, dans le Diois, c’est une autre forme de pollution, principalement d’origine touristique l’été, avec des « rejets » trop nombreux pour le retraitement, mais aussi vinicole et agricole le reste de l’année, à base d’azote, de nitrates et de pesticides.

Un gros travail de traitement et d’épuration, parfois à base de lits de roseaux, a été réalisé depuis les années 80 : à l’époque 80 % du linéaire de la rivière était impropre à la baignade, aujourd’hui la proportion s’est inversée. Grâce au travail du syndicat mixte de rivière, de la mobilisation des élus et usagers réunis en comité de bassin, et avec l’adoption à titre expérimental au début des années 90 du tout premier schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) en France.


Mais le changement climatique menace à nouveau de mettre à mal cet équilibre fragile : neige et pluies moins abondantes à terme, multiplication des épisodes de sécheresse, tout cela risque fort d’augmenter la demande de prélèvement en eau, notamment pour l’agriculture. Une étude de l’INRA en 2007 prévoyait déjà que le réchauffement entraînerait une hausse des besoins en eau de 14 % pour l’irrigation d’une parcelle de maïs dans la vallée de la Drôme.

Mais pour l’heure, dans les cours d’eau de la Gervanne et la Roanne, quand on enfourche un vélo pour aller se baigner on a encore parfois la chance de croiser des écrevisses à pattes blanches. Tant qu’il reste des vélos, tant qu’il reste des castors, et tant qu’il reste des cours d’eau...

Corinne Morel Darleux pour Reporterre

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