L'Humain d'abord - Pour une 6ème République

Forum d'information et de discussion politiques - Lun 25 Sep - 0:50
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Capitalisme , entre faits et théories (Jean-Luc Bertet) + Le capitalisme disséqué sur Arte (Médiapart) + Les 6 épisodes + Entretien avec Jeremy Rifkin

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Capitalisme , entre faits et théories (Jean-Luc Bertet) + Le capitalisme disséqué sur Arte (Médiapart) + Les 6 épisodes + Entretien avec Jeremy Rifkin   Mar 14 Oct - 5:26

Mardi 14 octobre 2014

Capitalisme, entre faits et théories

Dès le début, l’affaire a été sanglante. Le capitalisme s’est développé sur les cadavres des Amérindiens et la traite des Africains, rappelle une remarquable série documentaire coproduite et diffusée par Arte dès ce soir, mardi 14 octobre (20h50), puis les 21 et 28 (avec un rattrapage possible sur le net durant les 7 jours qui suivent la diffusion : arte+7 – videos.arte.tv). Intitulés sobrement Capitalisme, les six épisodes, diffusés deux par deux, retracent les aspects les plus méconnus de son histoire en les mêlant aux théories qui vont tenter d’en rendre compte (de le légitimer ou de le contester) et qui vont former un nouveau corpus, la science économique. Le réalisateur Ilan Ziv passionne avec un sujet a priori ardu sans faire pour autant de concessions sur la rigueur et le contenu. Il a posé sa caméra dans 22 pays, rencontré des intellectuels et des citoyens ordinaires, sollicité une vingtaine d’intervenants, économistes, sociologues, a utilisé des archives et des animations…


Les deux premiers épisodes sont consacrés à la véritable naissance du capitalisme porté par lesdites grandes découvertes du XVIème siècle et ses conséquences : les flots d’argent extorqué au prix du génocide des populations amérindiennes qui vont irriguer les échanges européens. On notera en passant que la Chine s’était elle aussi livrée à des explorations un siècle auparavant sans provoquer autant d’effets dévastateurs. La raison en est que ces voyages depuis l’Orient étaient financés par l’empereur, d’une certaine manière une commande publique, alors qu’ils étaient le fait de commanditaires privés en Occident… Ceux-ci confiaient à des aventuriers le soin de valoriser à un taux préalablement fixé leur argent, d’où la brutalité et l’âpreté au gain des conquistadors, véritables premiers entrepreneurs capitalistes qui comptaient bien évidemment aussi s’enrichir au passage un maximum. Les mœurs ne s’adoucissent guère avec le temps puisque durant les trois siècles suivants, la traitre négrière va constituer la colonne vertébrale du développement économique de l’Occident. On connaît la suite avec la délicatesse de la révolution industrielle.

Curieusement, le caractère impitoyable et barbare de cette chasse aux profits par tous les moyens échappe à Adam Smith, un Ecossais du XVIIIème siècle, le premier à vraiment s’interroger sur ces mécanismes économiques et à se prendre d’enthousiasme pour le libre marché, fasciné par le développement impérialiste anglais initié par les capitaux privés des grandes compagnies, des Indes ou autres. A la recherche d’équilibres naturels, ce qui est dans l’esprit de son époque, il va trouver dans la division du travail et l’intérêt personnel la base de la science économique qu’il ébauche. Mais l’égoïsme comme carburant de l’économie ou la fameuse main invisible dont son traité sur « La richesse des nations » font état ne sont pas à prendre au pied de la lettre comme l’ont fait beaucoup de commentateurs modernes. Adam Smith considérait l’homme dans sa complexité et ne voulait pas le ramener au seul calcul rationnel auquel certains de ses successeurs l’ont réduit, par désinvolture ou idéologie.

Les quatre épisodes suivants, toujours mis en relation avec l’histoire réelle, sont consacrés à de grandes figures de l’économie. Les champions du libre échange et de la rationalité, Ricardo et Malthus, (dont la suppression des aides sociales, un de leur combat, rencontre toujours comme on peut le voir un succès certain), Marx (qui ne s’est peut-être pas finalement tant trompé), Keynes et Hayek (qui ne divergeaient que sur la façon de sauver le système mais pas sur l’objectif) et enfin Karl Polanyi (dont la critique envers la marchandisation galopante mortifère de tout ce qui existe souligne la nécessité de remettre l’économie à sa place en la subordonnant à la société et à l’être humain). Mais surtout, ce voyage au pays du capitalisme montre que, contrairement aux idées reçues, ce système ne marche pas de la même foulée que la démocratie. Il s’y oppose même irréductiblement. Et c’est là précisément que la politique et les peuples peuvent reprendre leurs droits…

Jean-Luc Bertet

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot


Dernière édition par Admin le Jeu 30 Oct - 4:16, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Le capitalisme disséqué sur Arte (Médiapart)   Mer 15 Oct - 5:16

Mardi 14 octobre 2014

Le capitalisme disséqué sur Arte

Un documentaire d’Arte revient en six épisodes sur l’histoire et les mécanismes du capitalisme. Repartant des origines, il démonte les idées et les théories, rappelant combien ces principes parfois discutables ou faux pèsent sur notre vie. Une superbe démonstration.

Six années ont passé depuis l’effondrement de la banque Lehman Brothers et le début de la crise financière. 2008 a été la plus grande crise du capitalisme, plus grande que celle de 1929, de l’avis de tous les économistes. Beaucoup pensaient alors que le néolibéralisme ne s’en relèverait pas, que les idées qui avaient dominé le monde depuis la fin des années 1970 allaient être balayées devant le constat d’un tel échec et d’une telle catastrophe. Six ans après, les idées néolibérales sont plus vigoureuses que jamais, montrant combien elles sont enracinées dans les esprits.

D’où viennent ces idées ? Comment sont-elles apparues ? Qu’en a-t-on retenu, nous qui sommes partie prenante de ce système ? Tout le mérite de la passionnante série d’Arte – en six épisodes diffusés à partir de ce mardi 14 octobre – sur le capitalisme est de repartir des origines. Le réalisateur israélien, Ilan Ziv, a décidé de reposer toutes les questions essentielles sur ces penseurs – Adam Smith, David Ricardo, Thomas Malthus, Karl Marx, John Keynes, Friedrich Hayek, Karl Polanyi – dont les idées et les principes, vieux souvent de plus de cent ans, conduisent encore le monde, imprègnent nos sociétés. Le rappel des discours de Malthus en 1834, s’indignant contre les pauvres qui abusent de la charité et ne font rien, suffit à lui seul à montrer combien certaines idées font encore écho aujourd’hui.


Une bonne vingtaine d’experts, économistes bien sûr – Thomas Piketty et Robert Boyer entre autres –, mais aussi historiens, anthropologues, sociologues, du monde entier, participent à ce décryptage, redonnent le contexte, rediscutent les concepts et pour tout dire mettent en pièces un certain nombre de présupposés. Le documentaire donne en miroir les illustrations de ce que telle ou telle idée a pu avoir comme conséquence dans tous les pays du monde. Aucun n’a été épargné, conduisant parfois à des destructions entières de sociétés.

En face, des thuriféraires du capitalisme, le meilleur des mondes possibles, essaient bien de défendre la cause. Avec un succès relatif. Il faut voir notamment l’entretien de l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy (épisode numéro trois), soutenant sans état d’âme les bienfaits du libre-échange, sans restriction aucune. Aux journalistes qui venaient de lui rappeler la destruction de toutes les agricultures locales en Afrique, à la suite de l’ouverture intégrale de leurs marchés, et les regrets de Bill Clinton, reconnaissant que cela avait été une erreur d’ouvrir les marchés agricoles à Haïti, il campe sur ses positions. Pour lui, point de milieu : c’est le libre-échange ou la Corée du Nord….

S’il n’y avait qu’une seule démonstration à retenir de cette série documentaire, ce serait peut-être celle de la destruction du mythe de l’économie comme science exacte. Un mythe qui trouve ses origines dès Adam Smith. « La richesse des nations d’Adam Smith a été vue comme le pendant de la physique de Newton, établie à peu près au même moment », y explique un historien. Cette pensée que les lois du capitalisme relèvent du droit naturel, de l’ordre immuable des choses, et donc ne sauraient être discutées, irrigue encore toute la pensée économique et politique. À quoi rime, disent les bons esprits, de se rebeller contre la gravité universelle ?


Sous couvert de science exacte, les économistes ont ainsi évacué tout débat, ont feint d’être hors d’atteinte du politique. Tout prouve au contraire que leurs théories, et leur mise en application de ces dernières, étaient totalement politiques, que leur science était une science humaine, trop humaine, avec ses partis pris, ses omissions, ses impensés. Tous ont éludé, déformé des idées, des faits, en fonction de leurs intérêts.

Cela commence dès Adam Smith, l’auteur de la fameuse main invisible du marché. Une expression qui ne se retrouve qu’une seule fois dans son livre et avec une tout autre signification, comme il est rappelé. Mais pour les besoins de la cause, pour prouver que le marché est parfait et a réponse à tout, ses successeurs la détourneront. De même, dans un autre ouvrage, La Théorie des sentiments moraux, censé être le pendant de La Richesse des nations, Adam Smith prônait l’intérêt personnel mais aussi la responsabilité sociale, en une vision très empreinte de protestantisme. Tout cela a été vite oublié. De révisions en omissions, on aboutit à Milton Friedman, lui substituant l’avidité, principe moteur de toutes les actions humaines, justification fondamentale du capitalisme. Des historiens et des anthropologues viennent souligner à point que le profit n’est pas inhérent à la nature humaine, qu’il y a eu, à d’autres époques, d’autres organisations sociales, qui, tout en pratiquant l’échange et le commerce, n’avaient pas l’avidité comme but.


Une tache indélébile, cependant, marque la science économique dès son origine : l’absence de toute référence à l’esclavagisme. Le père fondateur, Adam Smith, ne pouvait rien ignorer de la traite des esclaves – des bateaux revenaient régulièrement en Écosse au retour de leur sinistre périple triangulaire. Pourtant, il ne souffle pas un mot sur la question de l’esclavage, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la marchandisation de l’humain, dans son livre. Terrible silence qui marquera l’économie pendant des décennies.

Un autre économiste, Anton Wilhelm Amo, que le documentaire fait redécouvrir, souligne bien dès la fin du XVIIIe siècle cette terrible absence. Cet économiste est hors norme : esclave noir, affranchi par son maître, un duc allemand, il passera deux doctorats en droit et en économie, en Allemagne. Ses travaux furent les premiers à dénoncer l’esclavagisme, à démontrer l’irrationalité de la prétendue rationalité économique, aboutissant à réduire les hommes en marchandises. Il soulignait l’impossibilité de séparer les réalités humaines et sociales des réalités économiques. Il mourut, oublié, au Ghana. Et ses travaux, trop dérangeants, ont été vite ensevelis.

Ce refus de penser l’humain est au cœur d’une des dérives de la science économique, qui a préféré se réfugier dans les mathématiques. Il faudra attendre Karl Marx pour que soit mise en lumière l’importance des forces sociales. Mais de Karl Marx, on ne retient plus que l’auteur du Manifeste du parti communiste, censé être totalement discrédité depuis la chute du Mur et l’effondrement du communisme. On oublie, comme y insistent à juste titre plusieurs experts, qu’il fut d’abord et reste un formidable observateur et théoricien des fonctionnements du capitalisme.

Après lui, les économistes se sont empressés de taire les questions sociales. Tantôt réduit à une simple force de travail, tantôt limité à un acteur rationnel, toujours présenté comme un individu isolé, censé pouvoir nouer des contrats équilibrés avec les producteurs, l’homme n'est qu'un homo economicus, dont la vie n’aurait que pour seul horizon la production et la consommation. 


Dans les années 1920, un économiste autrichien, Karl Polanyi, avertissait sur les dangers pour une société à être tributaire de l’économie et à s’en rapporter à elle pour toutes ses actions. C’est la société qui doit guider l’économie et non l’inverse, insistait-il, sous peine de destruction massive. Là encore, l’avertissement a largement été ignoré.

Le capitalisme a préféré se référer à un autre économiste autrichien : Friedrich Hayek. En concurrence avec Keynes, celui-ci insista du haut de sa chaire de la London School of Economics, sur tous les méfaits réels ou supposés de l’intervention de l’État dans les affaires économiques. Ses idées inspirèrent largement le plan d’austérité mis en œuvre par le chancelier Brüning pour sortir l’économie allemande de la crise de 1929. Quinze mois plus tard, Hilter arriva au pouvoir, en mettant à profit les tensions et les malaises sociaux.

Trente ans plus tard, Friedrich Hayek ne regrettait rien, ne renonçait à rien. « Il a occulté tous les faits qui ne rentraient pas dans sa théorie », rappelle Robert Boyer, économiste de la régulation. Pourtant, c’est vers cet économiste, et son successeur Milton Friedman, que se tourneront les libéraux pour « régénérer » le capitalisme. 

Trente ans après cette contre-révolution, malgré les crises, malgré la marchandisation toujours plus poussée du vivant, de la nature, de l’homme, ce capitalisme continue à prospérer, dans la plus totale opacité. « Ce que j’ai appris de ce documentaire, explique aujourd’hui son réalisateur, c’est que l’économie ne doit pas être abandonnée à une minorité. C’est trop dangereux, car elle détermine nos vies et peut détruire nos sociétés. Nous devons nous engager et le savoir est le meilleur moyen de résister. »

Martine Orange

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Les 6 épisodes + Entretien avec Jeremy Rifkin   Jeu 30 Oct - 4:14

Épisode 1 Adam Smith : à l'origine du libre marché ?


Épisode 2 La richesse des nations, nouvel évangile ?


Épisode 3 Ricardo et Malthus, vous avez dit liberté ?


Épisode 4 Et si Marx avait raison, après tout ?


Épisode 5 Keynes contre Hayek, un combat truqué ?


Épisode 6 Karl Polanyi, le facteur humain


Entretien avec Jeremy Rifkin


_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Capitalisme , entre faits et théories (Jean-Luc Bertet) + Le capitalisme disséqué sur Arte (Médiapart) + Les 6 épisodes + Entretien avec Jeremy Rifkin   

Revenir en haut Aller en bas
 
Capitalisme , entre faits et théories (Jean-Luc Bertet) + Le capitalisme disséqué sur Arte (Médiapart) + Les 6 épisodes + Entretien avec Jeremy Rifkin
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» PG : Parti de Gauche
» Bosse ou boule sur la tete de mon chiot
» Démocratie, Humanisme et Capitalisme
» Par là tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous. — Jean 13:35.
» [Bâtiments de ligne] RICHELIEU et JEAN BART

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Humain d'abord - Pour une 6ème République :: Lu ailleurs-
Sauter vers: