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 Nos déchets : survie des uns et surprofits des autres (Danielle Simonnet)

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MessageSujet: Nos déchets : survie des uns et surprofits des autres (Danielle Simonnet)   Ven 31 Oct - 7:13

Jeudi 30 octobre 2014

Nos déchets : survie des uns et surprofits des autres

La question de la collecte et du traitement des déchets devient enfin une préoccupation centrale écologique pour nos politiques publiques. Mais derrière les affichages d’engagements en faveur de la démarche « zéro gaspillage, zéro déchets », les pratiques ne suivent pas toujours, loin de là. L’exemple de Paris et de la région Ile-de-France est en la matière édifiant. Alors que le Conseil de Paris a décidé de s’inscrire dans la démarche du « zero waste », le syndicat intercommunal SYCTOM vient de s’engager dans un Grand Projet Inutile et Imposé d’une usine d’incinération et d’une usine TMB Méthanisation pour 2 milliards d’euros aux profits de Suez-Environnement.
Pendant ce temps-là, les chiffonniers d’aujourd’hui, « les biffins », qui tentent de survivre en revendant à « la sauvette » les objets collectés dans nos poubelles continuent de subir la répression policière et le mépris de nos politiques municipales… Mais sur cette question essentielle : « que faire de nos déchets ? », des mobilisations urbaines s’organisent, luttes et expériences radicales et concrètes. Elles peuvent être déterminantes pour qu’émerge enfin la prise de conscience écosocialiste que nos déchets sont un bien commun à sortir des griffes des intérêts privés !

La situation est plus qu’urgente. Nos déchets sont en effet la troisième grande pollution, après celle de l’eau et de l’air : du début à la fin de la chaîne, le capitalisme productiviste exploite les ressources minières et génère des déchets dont on ne sait plus que faire, qui contribuent à renforcer l’effet de serre (ils représentent 20% des émission de gaz), et à polluer les sols et les airs. L’hyper consumérisme nous impose l’ère du jetable, de l’obsolescence programmée, du suremballage, du gaspillage et fait exploser nos poubelles … La question de la collecte et du traitement des déchets est un enjeu urbain majeur, qui plus est dans une ville comme Paris, l’une des plus denses d’Europe. Elle montre bien la réalité de l’interdépendance en ville : personne ne peut, à lui tout seul régler la question de ses propres déchets. La prise de conscience progresse. Nous devons réduire nos déchets, leur donner une seconde vie.

Depuis le mois de juin, la ville de Paris a ainsi décidé de s’inscrire dans la démarche « zero waste » suite à différents vœux proposés dont le mien. La ville de Paris a ainsi témoigné, sur le papier, d’une prise de conscience de l’enjeu de réduire, réutiliser et recycler nos déchets. La ville veut mobiliser les parisiennes et les parisiens pour contribuer à réduire les déchets. Elle souhaite convaincre les commerçants des marchés de ne plus mettre à disposition de sacs plastiques, un an avant que la loi ne les interdise. Elle s’engage dans la collecte séparée des déchets organiques, certes pour l’instant de façon très progressive. La collecte en porte à porte n’a pas encore lieu mais elle se réalise déjà sur différents lieux de cuisines collectives. Des collectifs d’habitants s’organisent pour développer le recours au compost, des ateliers de réparation de vélos et d’objets en tout genre se multiplient, des ressourceries et recycleries coopératives se montent…

Mais, en contradiction totale avec cette démarche, le syndicat interdépartemental de traitement des déchets, le SYCTOM s’engage dans un grand projet inutile et imposé de plus de 2 milliards d’€ (construction et exploitation) avec la reconstruction de l'usine d'incinération Ivry-Paris XIII et la construction d'une usine de Tri mécano-biologique (TMB) avec méthanisation, et le tout au profit de la grosse multinationale Suez-environnement. Quelle aberration !

Vendredi 17 octobre, le SYCTOM a ainsi délibéré sur l’attribution du marché de ce projet colossal pour le bonheur de Suez. Ce matin-là, le Collectif 3R (Réduire/Réutiliser/Recycler) organisait un rassemblement non loin de là où se tenait la réunion. Ce collectif, comme l’association ARIVEM qui avait obtenu l’arrêt du projet d’usine TMB et méthanisation à Romainville, se mobilise contre ce grand projet du SYCTOM sur Ivry-sur-Seine. C'est un collectif composite. On y trouve des citoyens de tous âges, de toutes professions, d’engagements (ou pas) politiques et associatifs divers. Ils habitent Ivry, les environs ou Paris. Ils ne sont pas motivés d’une lubie de riverains : ils ont étudié la question des déchets, se sont très fortement documentés et tentent de sensibiliser les autres citoyens et les élu-e-s. Personnellement, ils m’ont beaucoup appris de ce sujet complexe. Hélas, ils ne sont pas (encore ?) très nombreux. Mais, comme le souligne un article de « Que Choisir » du mois de novembre, dans toutes les villes et les régions de France ou d’ailleurs qui se sont engagées et sont parvenues à réduire leur déchets de façon exceptionnelle, l’aventure a commencé par une mobilisation citoyenne contre une usine d’incinération.

Leur mobilisation pourrait d’ores et déjà avoir à son actif, l’abandon de l’usine TNB Méthanisation d’Ivry, après l’abandon de celle de Romainville. Ce n’est pas encore gagné mais c’est en bonne voie. Le procédé de Tri mécano-biologique avec méthanisation est souvent présenté, à tort, comme la nouvelle supère innovation. Mais ce procédé mélange des déchets organiques avec d’autres qui ne le sont pas. Il ne permet pas d’avoir du vrai compost de qualité agricole. Les multiples retours d’expérience en France et en Europe prouvent que cette technologie ne fonctionne pas, qu’elle est polluante, dangereuse et très nocive pour les riverains. La construction de cette nouvelle usine de TMB-méthanisation, selon les dire même du SYCTOM, doublerait le prix de la construction d'Ivry-Paris XIII et le prix de la redevance.

Alors que les capacités d’incinération en Ile-de-France seront prochainement largement suffisantes pour traiter la quantité de déchets en constante diminution depuis 14 ans, la nouvelle usine d’incinération est également une aberration. L'usine d’incinération actuelle après avoir été mise aux normes anti-pollution pour 300 000€ de travaux en 2004, a bénéficié en 2012 d'une remise à neuf de ses fours pour 80 millions €. Hélas, il est possible que les élu-e-s n’aient même pas le réflexe d’exiger qu’au minimum on fasse faire un audit indépendant pour voir combien de temps cette usine peut encore fonctionner en toute sécurité ! La « rentabilité » d’une usine d’incinération exige qu’on lui amène toujours une grande quantité de déchets. En dessous d’un certain tonnage, elle ne peut plus fonctionner. Aussi, après l’incinération d’une tonne de déchets, il reste encore 300 kg de mâchefers à enfouir et 6000 m3 de fumées, sans compter les effluents liquides pour le traitement de celles-ci. Avec un tel système, l’objectif de la réduction des déchets incinérés est en totale contradiction avec la recherche d’un profit maximum d’une entreprise privée gérant une usine d’incinération. Nous sommes face à la même aberration que celle relative à l’énergie : Comment croire que la privatisation et libéralisation du secteur de l’énergie peut contribuer à la sobriété énergétique...

Nos déchets sont bien de l’or pour les grosses multinationales qui voient en eux une source de profit maximum aux dépens de notre écosystème et des contribuables. Il faut en finir avec la logique d'élimination de nos déchets, celle de l'incinération et repenser le traitement des déchets dans le cadre de régies publiques. Il faut attendre que la dynamique « Zéro déchet » soit installée sur le territoire du SYCTOM avec en priorité la collecte sélective des bio-déchets pour réévaluer la quantité de déchets résiduels qui restera à traiter et voir quels moyens de traitement on utilisera.

Pendant que les multinationales rapaces tentent de garder la main sur nos déchets, autre facette de la logique même du capitalisme, le nombre d’hommes et de femmes en situation de fins de mois difficiles voire de grande exclusion explose. C’est une des explications de l’engouement pour les marchés vides-greniers d’une part, et de l’explosion à Paris comme dans certaines autres villes comme Toulouse et Marseille, des « marchés sauvages », marchés de la récup, marchés des biffins.

Ainsi, à Paris, sur la Porte de Montreuil, entre 500 et 1000 revendeurs d’objets chinés dans les poubelles de la ville, tentent de survivre en revendant dans la rue, sur un bout de chiffon, de vieux habits et objets divers plus ou moins insolites. Parmi eux, des revendeurs d’objets issus du recel, de la contrefaçon, voire des produits alimentaires périmés peuvent s’immiscer mais restent très minoritaires. La concentration de revendeurs et de fait d’acheteurs, au milieu des puciers, des petits commerçants, des riverains, provoquent une montée de tensions et de nombreux désagréments sur l’occupation de l’espace public.

Le marché des puces de Saint Ouen avait connu ce même phénomène. Mais après plusieurs années de mobilisations des biffins, organisés au travers d’un collectif « Sauve qui peut », soutenus par des associations de quartier et certains élus, la mairie d’arrondissement avait fini par accepter d’organiser un « Carré des Biffins ». Il s’agit d’un espace autorisé, avec près de 250 places pour les biffins, qui s’engagent à ne revendre que des objets chinés, s’impliquent dans le respect de la propreté du lieu et bénéficient d’un soutien et d’un accompagnement social animé par l’association Aurore. L’expérience marche. Mais elle reste isolée tandis que le nombre de revendeurs sur la capitale augmente.

Hélas, dans le 20ème, au lieu de tenter de réguler, d’organiser, ou de permettre aux biffins de s’organiser au travers de petits marchés autorisés à différents endroits, différents horaires, la mairie s’obstine dans une voie unique sans issue, celle de la répression. Comme si la chasse aux pauvres permettait de réduire la misère. Mais son principal résultat reste l’aggravation de l’exclusion et de sa violence subie. La situation pourrait finir par dégénérer. Excédés légitimement par une situation qui empire, les riverains peuvent être tentés de basculer dans les pires réactions. Déjà différentes manifestations pour « chasser ces pauvres » ont eu lieu, et les scores du FN dans les bureaux de vote du secteur augmentent. La peur du déclassement social alimentant cette guerre de tous contre tous, surtout contre le plus pauvre en bas de chez de soi.

Mais là aussi, d’autres initiatives citoyennes bien plus positives s’organisent. Dans le cadre de l’association « Amélior » un nombre croissant de biffins commencent à se fédérer. Ils autogèrent un marché mensuel à la Croix de Chaveaux à Montreuil, arrivent parfois à convaincre les associations organisatrices de vides greniers de leur concéder des emplacements et poursuivent l’interpellation des élu-e-s et des citoyens pour qu’enfin le politique prenne la mesure de leur demande : Comme le droit de chiner a pu être reconnu dans la loi, celui de biffer doit enfin pouvoir l’être. En contribuant à donner une seconde vie à nos objets, la chine et la biffe ne constituent-elles pas des actions écologiques contribuant à l’intérêt général ?

D’ores et déjà, entre les luttes contre la nouvelle usine d’incinération d’Ivry, les associations de biffins, les multiples expériences locales via le compost, les ressourceries, recycleries, les vides-greniers etc, le lien existe. C’est celui du mouvement zéro waste, coordonné en France par le CNIID. Il est à enrichir. Un travail essentiel reste à faire : la mise en liens avec les salariés engagés dans la collecte et dans les usines de traitement de déchets. Ces derniers ont un intérêt évident à la sortie de nos déchets de la logique des intérêts privés, au retour en régie publique pour l’amélioration de leurs statuts et de leurs salaires.

Il est possible, il est même nécessaire de proposer à ces multitudes d'actions, multitude de femmes et d’hommes impliqués et à ce mouvement zéro déchet, de faire peuple. C'est à dire de ne pas considérer que ces actions atour des déchets sont guidées uniquement par un bon sens écolo près de chez soi, mais plus largement, par une idée que l'on se fait de la société du partage, de l'intérêt général, d'une conduite économique qui tienne compte des besoins en même temps que de la préservation de l'écosystème. Faire peuple par la prise de conscience de leur interdépendance collective pour mener à bien ce projet de société.

Considérer que la réduction des déchets est aussi une façon de revisiter nos modes de productions, c'est une exigence écosocialiste, qui implique une émancipation de l'exploitation économique comme écologique. En milieu ultra urbanisé, cette exigence est d'autant plus essentielle que la rupture avec les ressources naturelles est largement consommée : qui sait de quoi sont faits nos déchets ? Retrouver une place dans le cycle du seul écosystème qui permette la vie humaine en sachant gérer nous-mêmes nos déchets, en refusant d'en abandonner la responsabilité aux multinationales, est donc aussi une exigence démocratique : aux citoyen-ne-s de choisir et non à une poignée d’élu-e-s au service des intérêts privés.

Nos émancipations urbaines passeront par la bataille de la réappropriation collective de nos déchets !

Lire aussi : « Reprenons en main la gestion des déchets ! »

Danielle Simonnet

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


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