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 Barrage de Sivens : les dérives d'un socialisme de notables (Médiapart) + Pour la mémoire de Rémi Fraisse (Parti de Gauche de La Réunion) + Conflits de pouvoirs : pour Rémi Fraisse (Arié Alimi)

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MessageSujet: Barrage de Sivens : les dérives d'un socialisme de notables (Médiapart) + Pour la mémoire de Rémi Fraisse (Parti de Gauche de La Réunion) + Conflits de pouvoirs : pour Rémi Fraisse (Arié Alimi)   Ven 31 Oct - 17:33

Vendredi 31 octobre 2014

Barrage de Sivens : les dérives d'un socialisme de notables

Après la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive qu'avaient lancée les gendarmes, le conseil général du Tarn a décidé d'attendre avant de se prononcer sur le sort du barrage de Sivens. Dans ce fief PS, Thierry Carcenac, président du conseil général, élu depuis près de quarante ans, cumulard et ayant exercé à peu près tous les mandats qu'offre la République, fontionne en vase clos. L'affaire du barrage est l'illustration tragique de la lente dérive d'un socialisme gestionnaire, conduit par des notables enferrés dans leurs certitudes.

Vendredi 31 octobre, les conseillers généraux du Tarn, tenu par le PS, devaient décider du sort réservé au barrage de Sivens, sur le chantier duquel le jeune Rémi Fraisse a été tué ce week-end par une grenade offensive qu'avaient lancée les gendarmes. Ils ne se sont pas déjugés. Ils ont « pris acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site de Sivens ». Et renvoyé la balle dans le camp de l'Etat, qui organise mardi prochain une réunion de crise sous la houlette de Ségolène Royal, la ministre de l'écologie.Sans renoncer explicitement au barrage. Pour cause: ce projet aujourd'hui contesté et remis en cause, ils l'ont toujours soutenu.

Le 17 mai 2013, les élus de gauche (majoritaires) et de droite l'avaient approuvé par 43 voix sur 46. À l'époque, seuls trois élus avaient voté contre : Jacques Pagès (divers gauche) et deux communistes, Roland Foissac et Serge Entraygues, qui réclament aujourd'hui l'abandon du projet.

Dans les années 1990, il en était déjà question pour stocker l'eau et aider les exploitations agricoles dans le bassin-versant du Tescou, cette partie pauvre du département. Le récent rapport des experts du ministère de l'écologie pointe une série de dysfonctionnements : des besoins en eau surévalués (le nombre d'exploitants bénéficiaires serait de 30 à 40, pas 81 comme l'affirme le conseil général), une étude d'impact insuffisante, un plan de financement « fragile », etc. Malgré le drame, la majorité des élus locaux campent sur leurs positions : suspendre le chantier, d'accord. Le redimensionner comme le suggère le rapport d'experts ? Peut-être. Mais l'arrêter comme le demandent les écologistes, pas question. « Il n'est pas possible que des gens violents imposent leur décision à tous les autres », assure dans Le Monde le président du conseil général, Thierry Carcenac, qui en a fait une affaire personnelle.

« Si on cède à 200 personnes aujourd'hui, on ne pourra plus construire d'autoroutes en France », tempête 3 Jacques Valax, député PS, lui aussi élu départemental. L'opposition locale est sur cette ligne, comme les responsables nationaux de la FNSEA, le premier syndicat agricole, connu pour sa défense d'un modèle productiviste. « Ce barrage est primordial pour les agriculteurs et s'il est arrêté, définitivement, c'est la mort d'une vallée », menace Jean-Claude Huc, président de la chambre d'agriculture du Tarn, administrateur de la FNSEA. Dans Le Figaro, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, s'en est violemment pris aux activistes anti-barrages, accusés d'être des « djihadistes verts ».

Le Tarn, terre de gauche imprégnée de socialisme et de radicalisme, fut la patrie de Jean Jaurès, dont on célèbre cette année le centenaire de la mort. Le fondateur de L'Humanité y fut d'abord professeur de philosophie, puis élu en 1893 député de Carmaux, en pleine grève des mineurs. Par fidélité au fondateur de la SFIO, l'ancêtre du PS, c'est à Carmaux que François Mitterrand lança sa campagne présidentielle en 1980. Depuis la décentralisation de 1982, le conseil général a toujours été à gauche, dirigé par le PS avec le soutien des radicaux de gauche.

Dans ce fief rose, c'est aujourd'hui un socialisme gestionnaire, de plus en plus contesté dans les urnes, qui est aux manettes. C'est là sans doute une clé d'explication de l'entêtement de Thierry Carcenac, président du conseil général, à soutenir un barrage à l'intérêt discutable, puis à en lancer les travaux malgré la contestation d'occupants toujours plus nombreux au cours des derniers mois et malgré les nombreux recours en justice encore en cours d'examen. Combiné à une forte présence des gendarmes, ce jusqu'au-boutisme a contribué à tendre la situation sur place.

Il y a une semaine, Carcenac, 63 ans, était un parfait inconnu dans la politique française. Jusqu'à la mort de Rémi Fraisse et cette déclaration qui a choqué : « Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement stupide et bête. »


Thierry Carcenac est l'incarnation du grand baron local, réélu à tout coup. Issu d'une famille modeste, il a exercé à peu près tous les mandats qu'offre la République. Il est élu la première fois en 1976 – conseiller municipal de Lescure-d’Albigeois. Puis trois ans plus tard au conseil général (canton d'Albi Nord-Est), dont il est alors le benjamin. Depuis trente-cinq ans, il n'a jamais quitté les bancs de l'assemblée départementale. En 1992, il succède à la présidence à Jacques Durand, l'homme fort du département, mort prématurément. Il y est toujours. Cumulard assumé, Carcenac a été député entre 1997 et 2012. Le 28 septembre, il a été élu sénateur. Talonné de 17 voix par un candidat UMP, mais élu.

Dans les années 80 et 90, cet inspecteur des impôts de profession a été chargé de mission auprès de ministres socialistes, de l'industrie et du budget : Édith Cresson, Michel Charasse, Martin Malvy, l'homme fort de la région. Il exerce ou a exercé une série de fonctions locales clés : président de de l'Agence pour l'animation du Tarn économique, des sociétés d'économie mixte Sem 81 et E.Téra, des syndicats mixtes de l'Abbaye-École de Soréze et d'aménagement du musée Toulouse-Lautrec d'Albi ou encore président du syndicat intercommunal à vocations multiples (SIVOM) d'Arthès-Lescure.

« C'est vrai que ma longévité peut interroger, concédait-il déjà en 2004. Je ne suis pas usé, je me remets en cause en permanence et je suis le plus possible à l'écoute des autres. Mon atout c'est mon expérience. (…) Jeune, vous arrivez et vous ne connaissez rien. » Dix ans plus tard, il a le même discours pour justifier sa candidature aux sénatoriales. « J’aurais pu arrêter. Mais je pense que je peux encore apporter quelque chose. Je veux être une voix et une écoute. »

Les élus du conseil général: 64 ans et demi de moyenne d'âge

Dans une lettre à en-tête du conseil général envoyée le 17 septembre à ses électeurs, Thierry Carcenac dénonce une « opposition » agressive et violente qui « tente d'imposer l'abandon du projet par des méthodes inadmissibles dans un État de droit ». Dans la campagne des sénatoriales, Carcenac a mis en avant son intransigeance pour s'attirer les voix des grands électeurs. Le Parti de gauche (PG), qui a déposé un recours contre son élection au Sénat, lui reproche d'ailleurs d'avoir « utilisé les moyens financiers du conseil général pour s'adresser aux électeurs par des publi-communiqués publiés dans La Dépêche du Midi dans lesquels il défendait le projet de barrage ».

Plus globalement, les politiques locaux à majorité socialiste ne semblent avoir pris que tardivement la nature et la mesure de la contestation suscitée par le projet, comme s'ils n'avaient voulu y voir que des « casseurs » opposés à tout progrès – une rhétorique reprise ces derniers jours par Manuel Valls qui, avant le drame, s'était vanté d'avoir « tenu bon »  à Sivens devant les Jeunes Agriculteurs (lire notre article).

La faute à leur profil ? Maître d'ouvrage du projet, l'assemblée départementale est âgée : aucun trentenaire, une seule quadra, 64 ans et demi en moyenne selon nos calculs. Les trois quarts des élus ont plus de 60 ans, ce n'est "que" 60 % dans les autres conseils généraux. Un conseiller général sur 6 a plus de 70 ans. Il est aussi peu féminisé : 5 femmes seulement, dont quatre sont simples conseillères et ont moins de 60 ans. La seule femme vice-présidente, Claudie Bonnet, en charge de l'action sociale (plus de la moitié des 440 millions d'euros de budget du département), a été assistante parlementaire d'un ancien sénateur socialiste.

La très mâle assemblée départementale © DR

La faute à l'inertie et à l'entre-soi ? Le Tarn est une petite baronnie socialiste. Les carrières politiques y sont longues. Jacqueline Alquier, sénatrice PS qui s'est retirée en 2014, a été élue au conseil général dès 1979, avant de devenir députée puis d'être élue à la Haute Assemblée en 2004. Le Tarn est aussi la terre de l'ex-sénateur socialiste Jean-Marc Pastor, élu au conseil général en 1982 (il y est resté 26 ans) et au palais du Luxembourg en 1996. En 2011, Mediapart avait révélé qu'il avait fait payer par le Sénat 2 500 euros de fausses factures émises par le restaurant géré par sa fille et dont il détenait des parts. Ce qui l'avait poussé à produire une fausse lettre de soutien du président du Sénat…

Dans l'actuel conseil général, nombre d'élus l'ont été dans les années 1990. C'est par exemple le cas d'André Cabot, vice-président PS du conseil général, qui supervise le projet de barrage. Élu en 1992 dans le canton de Valderiès, la ville dont il est maire, ce technicien d'agriculture de profession est aussi président du « puissant et omniprésent syndicat d'adduction d'eau de Valence Valderiès », dixit La Dépêche du Midi.

Cabot est aussi administrateur de la CACG (Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne), stociété d'économie mixte interrégionale qui a mené les études sur le barrage, mais est censée le construire et même l'exploiter. « Elle a joué depuis 25 ans un rôle central dans le portage de cette opération », pointe le rapport des experts du ministère, qui remet en cause certains de ses calculs et déplore qu'aucune alternative au barrage n'ait été étudiée. Cette structure est trustée, côté politiques, par des représentants socialistes et radicaux et, côté agriculteurs, par la FNSEA. André Cabot est aussi vice-président de l'agence de l'eau Adour-Garonne qui finance 50 % des 9 millions d'euros de travaux.

Ce monde de décideurs en vase clos ne remet guère ses certitudes en doute. Comme Mediapart l'a écrit (lire ici notre enquête), le conseil général du Tarn a déjà mis en service un barrage surdimensionné en 1998, construit et exploité par la CACG, et aujourd'hui lourdement déficitaire. Dans un autre domaine, la quasi-totalité des élus du Tarn plaident depuis des années pour une autoroute entre Castres et Toulouse. Thierry Carcenac n'écarte pas la piste d'un partenariat public-privé, qui garantirait des délais rapides mais pourrait faire monter la facture pour l'automobiliste jusqu'à 15 euros l'aller-retour. Au sein du PS, seul Samuel Cèbe, le jeune secrétaire fédéral, et  Linda Gourjade, députée PS qui fait partie des " frondeurs " socialistes, se prononcent pour une liaison sans péage.

Comme ailleurs, le système politique local est condamné à évoluer. Le PS, qui ne détient pas Albi et Castres, les deux grandes villes, a perdu du terrain aux municipales de mars, Graulhet et Gaillac étant passés à droite. Le Front national est entré dans cinq conseils municipaux. À Graulhet, le candidat frontiste a fait plus de 30 %.

Avec l'introduction de la parité et le renouvellement global et plus partiel de l'assemblée départementale, les cantonales de 2015 vont accélérer le renouvellement du personnel politique. Manuel Cèbe, le jeune premier fédéral, a posé une règle claire : pas plus de trois mandats. « Thierry Carcenac a inscrit sa présidence dans la durée, le rassemblement, l’expérience et le respect des personnes. La fédération du PS le soutient dans sa mission jusqu’en 2015 », indique-t-il dans la presse locale. Autrement dit : pas au-delà. « Dix-huit ans, c’est suffisant pour accomplir sa tâche. L’objectif est de renouveler et d’ouvrir les exécutifs », dit-il. Thierry Carcenac n'a pas dû apprécier.

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Manifestation dimanche à Paris. France Nature Environnement, dont Rémi Fraisse était membre, annonce un « sit-in pacifique » à la mémoire du jeune militant écologiste mort à Sivens. Cette manifestation aura lieu le dimanche 2 novembre à 16 heures au Champ-de-Mars à Paris, devant le Mur pour la paix.

Mathieu Magnaudeix

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MessageSujet: Hommage à Rémi Fraisse dimanche 2 novembre   Sam 1 Nov - 8:47

Vendredi 31 octobre 2014

Le Parti de Gauche appelle au sit-in pacifique organisé par l’association FNE, en hommage à Rémi Fraisse, dimanche 16 h au Mur pour la Paix - Champ de Mars (Paris 7ème), en présence de plusieurs de ses secrétaires nationaux : Eric Coquerel, Martine Billard, Guillaume Etiévant, François Longérinas et Danielle Simonnet.

Eric Coquerel, Coordination politique du Parti de Gauche

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MessageSujet: Barrage de Sivens : les dérives d'un socialisme de notables (Médiapart) + Hommage à Rémi Fraisse dimanche 2 novembre + Pour la mémoire de Rémi Fraisse Parti de Gauche de La Réunion)   Dim 2 Nov - 17:04

Dimanche 2 novembre 2014

Pour la mémoire de Rémi Fraisse

6 Décembre 1986 -  25 Octobre 2014 : quasiment 28 ans séparent la mort de Malik Oussekine de celle de Rémi Fraisse. On dit souvent que l’Histoire ne se répète pas, parfois elle balbutie cependant tragiquement. Dans les deux cas, quoi qu’en disent le gouvernement et certains médias de droite, il s’agissait de jeunes manifestants pacifistes et non violents tués par l’Etat pour leur opinion. C’est insupportable.


Pour beaucoup d’entre nous, même si nous ne le connaissions pas personnellement, Rémi c’est un frère, un fils, un camarade… quelqu’un dont nous nous sentons proches, intellectuellement comme humainement. C’est la raison pour laquelle nous nous sentons tellement touchés, pour ne pas dire bouleversés, par cet assassinat commis par l’Etat en notre nom à tous. Nous partageons la peine de ses proches : sa famille et ses amis, mais également la colère qui doit les animer au regard des circonstances de la mort de Rémi. Aujourd’hui nous sommes tous de la famille de Rémi même s’il est évident que notre peine est sans commune mesure avec le chagrin éprouvé par ses proches.

Beaucoup d’entre nous ici présents aujourd’hui ont déjà participé, à de nombreuses reprises pour certains, à de telles manifestations. Nous en connaissons les dangers et les pièges : l’intimidation policière, la désorganisation, l’infiltration de certains groupes violents, la brutalité aveugle des forces de l’ordre…rien de tout cela n’explique la mort de Rémi, jeune homme épris d’écologie et de protection de l’environnement, qui se trouvait sur place pour mieux comprendre les enjeux autour du barrage de Sivens et mieux défendre ses convictions de protection de l’environnement. Rien qui ne soit « absurde ou bête » pour reprendre les propos du Président du Conseil Général du Tarn qui ne mérite même pas de le nommer. Il retournera bientôt dans l’anonymat qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Comme je l’ai dit les responsabilités ne sont même pas à chercher du côté des forces de l’ordre, aussi brutales soient-elles, celles-ci ne font qu’exécuter les ordres qui leur sont donnés. Rien de plus, rien de moins. La responsabilité d’un tel drame incombe entièrement au pouvoir politique : pouvoir que nous avons élu pour qu’il mette en place une politique progressiste en accord avec les intérêts de ses électeurs. Il n’est pas interdit de penser d’ailleurs que Rémi, pour sa première élection présidentielle, ait voté en faveur du Président actuel. C’est le cas de beaucoup d’entre nous qui nous retrouvons dans l’opposition à ce gouvernement dans la rue, après l’avoir porté au pouvoir dans les urnes. Triste 5ème République qui permet de telles trahisons et abus de pouvoir.

En plus de pratiquer une politique antisociale sans équivalent dans l’histoire de notre pays pour un gouvernement de gauche, le pouvoir « socialiste » criminalise les mouvements sociaux comme le ferait la droite la plus réactionnaire : refus de l’amnistie sociale pour les syndicalistes injustement condamnés sous Sarkozy, condamnation à des peines de prison des militants de la Confédération Paysanne dans leur combat contre la ferme des Mille-Vaches, amendes pour des refus de prélèvement d’ADN…Partout en France se multiplient les occupations et les manifestations contre de Grands Projets Inutiles et Imposés : à Notre-Dame des Landes, à Sivens, à la Ferme des Bouillons près de Rouen, sur des dizaines de sites à travers la France : vont-ils envoyer la troupe contre tous ces manifestants ? Vont-ils multiplier les bavures contre le peuple au lieu de s’opposer aux intérêts des multinationales derrière ces projets ? Ici à La Réunion vont-ils également user de la force, pour faire plaisir à Bouygues et Vinci, lorsque nous nous mobilisons contre le plus coûteux  des ces Grands Projets Inutiles et Imposés : la Nouvelle Route Littorale ? Ou contre les guadeloupéens, et guadeloupéennes, qui se mobilisent contre l’extension du port de Fort de France ?

Loin de vouloir récupérer politiquement la mort de Rémi comme nous le reprochent sans honte les responsables de sa mort (qu’y a-t-il d’ailleurs à récupérer d’autre que des coups, des coups et encore des coups ?), le Parti de Gauche appelle à l’abandon du projet ainsi qu’à la démission du Ministre de l’Intérieur et du Président du Conseil Général du Tarn, également sénateur. L’un est responsable des consignes de sécurité disproportionnées au regard de la situation sur le terrain, certainement pour ne pas voir se reproduire le même échec, pour le gouvernement, qu’à Notre Dame des Landes. L’autre est responsable de la poursuite entêtée du projet de barrage contre l’avis des experts et de la population. Et les deux, pour mieux éluder leurs responsabilités certainement, se sont fendus de déclarations insupportables et provocantes : le premier s’en prenant à notre organisation politique en disant que « nous chassons en meute » ! Sommes-nous des chiens sommés de lui obéir ? Nous rappelons à cet homme, qui perd complètement son sang-froid et qui porte des habits visiblement trop grands pour lui, que ce sont ces mêmes chiens, et les électeurs qu’ils représentent, qui ont élu le Président qui l’a nommé Ministre de l’Intérieur. Il serait bon qu’il ne l’oublie pas avant de nous insulter publiquement. Quand au second il a osé qualifier la mort de Rémi de « bête et stupide », lui qui est à l’origine du projet de barrage et de l’obstination à le continuer malgré toutes les réserves économiques et écologiques. Nous tenons à leur rappeler les propos de leur mentor et chef, le brutal Manuel Valls, qui disait le 15 Septembre dernier aux députés PS qui doutaient de sa politique : « Quand on gouverne, on doit assumer ses responsabilités ». Puissent-ils se l’appliquer à eux-mêmes plutôt que de venir donner des leçons à la terre entière pour mieux éluder leurs responsabilités ?

Au-delà de toute considération juridique, un pouvoir politique qui tue sa jeunesse est un pouvoir qui a perdu toute sa légitimité. Pour l’instant les institutions sclérosées de la 5ème République lui permettent de se maintenir à flot mais jusqu’à quand. Rien dans la vie n’est éternel, les régimes politiques ne font pas exception. Jusqu’à quand le peuple va-t-il souffrir de voir un gouvernement faire exactement l’inverse de ce pourquoi il a été élu, et qui en plus tue ses propres enfants ? Que le Président et son  Premier Ministre méditent cette phrase de François Mitterrand qu’il prononça à la tribune de l’Assemblée Nationale le 8 Mai 1968 : « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et le pouvoir qui la frappe ont toujours tort ».

Pour le Parti de Gauche à La Réunion, Perceval  Gaillard

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MessageSujet: Conflits de pouvoirs : pour Rémi Fraisse (Arié Alimi)   Dim 2 Nov - 18:30

Dimanche 2 novembre 2014

Conflits de pouvoirs : pour Rémi Fraisse

Je ne connaissais pas Rémi Fraisse. Et je ne pensais pas en acceptant de défendre ses parents, en qualité de parties civiles, que j’aurai également à le défendre.

Car depuis une semaine, depuis le moment où il s’est effondré, touché par une grenade lancée par un membre de la gendarmerie mobile, il ne se passe pas un moment sans que l’on fasse offense à sa personne et à sa mémoire. Casseur, djihadiste vert, ecoloterroriste…. Le discours du gouvernement ou de certains syndicats agricoles s’est établi et n’a cessé de monter en puissance. D’abord pour tenter de nier l’existence même des origines de sa mort. Rappelons-nous que dans les premiers moments, on ne parlait que d’un corps découvert dans la foret. On apprendra plus tard que le parquet, la direction de la gendarmerie et le gouvernement savaient déjà ce qu’il s’était passé puisque les gendarmes avaient quelques instants après sa mort ramassé le corps de Rémi.

Alors pourquoi  pendant deux jours, ce silence assourdissant, pourquoi cette absence de réaction du parquet, du gouvernement, pourquoi le refus de dire cette vérité que l’on connait depuis le début ? Pourquoi le parquet a-t-il tenté de semer une confusion indécente sur les circonstances de sa mort en ne donnant que des bribes d’informations, en ne parlant lors de la première conférence de presse que d’une explosion, laissant croire à la possibilité d’un décès dû à un Cocktail Molotov, pourquoi avoir lancé de fausses pistes, comme celles du sac à dos disparu, volontairement récupéré par les manifestants, et qui aurait pu contenir des substances explosives ? Simplement pour discréditer un jeune homme pacifiste, militant de la fédération Nature Environnement, botaniste, qui n’a jamais fait usage de violence ou eu maille à partir avec les forces de l’ordre. Salir l’image d’un jeune homme mort qui militait pour l’environnement et pour les générations avenir ?

Y a-t-il attitude plus basse et plus veule ?

Pourquoi ne pas assumer ses responsabilités et dire : nous l’avons tué. Notre politique l’a tué. Nous n’avons pas voulu choisir la voie du dialogue, nous avons voulu montrer que nous sommes forts aux yeux des Français, et cela passe par des démonstrations de violences contre ces militants majoritairement pacifistes. Nous les avons harcelés, frappés, nous avons brulé leurs effets personnels, les avons délogés sans autorisations judiciaires, puis nous avons fait usage de Flash balls, de grenades fumigènes et de désencerclement. Et comme ils ne partaient toujours pas, nous avons fait lancer des grenades contenant des explosifs, en les jetant sans sommations, sans respecter les règles élémentaires d’usage de ces grenades, en l’air directement sur les manifestants, ou même dans des lieux clos, comme dans une caravane occupée. Nous les avons blessés, alors qu'ils tentaient simplement de sauver notre patrimoine naturel, eux qui ont cette conscience que nous n’avons plus, à force de vouloir produire et gagner toujours plus.

Je suis désolé de dire cela, je ne suis qu’avocat. Je ne devrais pas parler de ce qui me dépasse, de ce qui dépasse mon champ d’action, le droit. Mais c’est plus fort que moi. Je me dois aujourd’hui de défendre Rémi Fraisse, ou plutôt ce qu’il en reste. Un corps dans une morgue. Un corps au centre d’un conflit de pouvoir. De tous les pouvoirs, politiques, judiciaires, militaires, médicaux, médiatiques. Un corps autopsié, malmené, disséqué par la France entière qui se le déchire, comme Damien supplicié en place publique, objet de la toute-puissance de la souveraineté. Un corps auquel le pouvoir refuse de redonner un nom, une dignité. Un corps que le pouvoir refuse de rendre à ses parents qui à ce jour n’ont toujours pas pu voir leur enfant, auquel ils ont donné naissance, qu’ils ont vu faire ses premiers pas, dire ses premiers mots, crier ses premières révoltes, et qu’ils ne pensaient pas devoir inhumer, envers et contre toute logique générationnelle.

Ce n’est pas qu’un drame ou une tragédie qui s’est nouée autour de Rémi. Il est mort parce qu’il s’est retrouvé par hasard au milieu d’une déflagration de pouvoir et d’expression de la violence publique. Ce qui a tué Rémi Fraisse, ce n’est pas seulement un gendarme jetant une grenade offensive en pleine nuit en direction de jeunes manifestants, quelle que soit la violence de ceux-ci. Ce qui a tué Rémi, c’est la violence Etatique. Un Etat gouverné par des hommes dont la boussole n’est orientée que vers la prochaine échéance électorale,  des hommes motivés par leur stratégie de communication, et qui en ont oublié que l’Etat dont ils sont les représentants n’était finalement qu’une simple fiction destinée en premier lieu à protéger ceux qui avaient accepté de se soumettre à sa violence légitime. Mais lorsque la violence n’est plus légitime, lorsque l’on utilise des armes de guerre non pas contre un autre Etat belligérant, mais contre sa propre population,  lorsque l’Etat tue ceux qu’il est sensé protéger, alors la question de l’Etat, de son fonctionnement, de ses intérêts et de ses représentants doit inéluctablement être posée.

Dimanche à 16H00, je serais devant le mur de la paix, avec une renoncule à feuille d’ophioglosse sur le torse, et je penserai aux parents de Rémi Fraisse, je penserai à Rémi, et à toute cette vie, plus importante que tout le reste, qui s’est en allée. Pour Rémi Fraisse.

Arié Alimi

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