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 La mi-mandat ! Que c'est long ! (Jean-Luc Mélenchon) + Deux ans et demi, c’est long ! (François Delapierre)

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MessageSujet: La mi-mandat ! Que c'est long ! (Jean-Luc Mélenchon) + Deux ans et demi, c’est long ! (François Delapierre)   Jeu 6 Nov - 14:45

Jeudi 6 novembre 2014

La mi-mandat ! Que c'est long !

Cet étrange automne qui ne voulait pas commencer a fini par lâcher ses seaux de pluies et ses souffles de froidure, entre deux retours de jours d’été. Rien ne va. Et tout ira plus mal. Telle est la vie sous la magistrature de Hollande et Valls et de leurs aboyeurs. Les sondages se suivent et se ressemblent. Pour la part où j’y suis cité me voici meilleur opposant à gauche de François Hollande et stabilisé autour de 10 % des intentions de vote, pendant que les grandes figures du PS courent à ma rencontre et sont déjà à moins de quinze pour cent. Ils sont en campagne. Pas moi. Je les regarde descendre. Ils s’arcboutent pour m’empêcher de monter. Comme si tout ça dépendait d’eux ! La houle qui secoue les coquilles de noix à la surface du monde médiatico-sondagier vient de profondeurs abyssales de dégoût, et même de haine contre le premier rang ! La marche organisée le 15 novembre contre la politique de Hollande est dorénavant rejointe par de nombreuses organisations syndicales régionales, départementales ou de branche et au plan politique par toute la gauche des Verts, Nouvelle Donne, le Front de Gauche, les « socialistes affligés » et le NPA. D’autres rendront bientôt leur réponse. On se dirige donc vers la formation d’un solide point d’appui, fait d’organisations politiques et syndicales, dans la logique des précédentes marches que le Front de gauche avait mises en mouvement et qui dorénavant est pilotée par un comité très divers et large qui s’étoffe à mesure que le temps passe et que le gouvernement du PS finit de dégoûter de nouveaux secteurs. J’en parle et donne des infos originales…

Ici, il est aussi question de nouveau de la mort de Rémi Fraisse, et des réactions qu’elle suscite. Puis je parle du temps qu’il faisait dans le Jura à la fin octobre. Et de la visite de François Hollande au Canada. Bon, donc, c’est la mi-mandat. Il est temps de marquer ce moment pour montrer qu’à part l’extrême droite, la droite, et le gouvernement du PS, il y a aussi une France qui n’est pas encore moisie. Après quoi, deux petits mots sur mon livre « L’ère du peuple ».

Depuis des mois, dans le secret des contacts indispensables à ces sortes de travaux, nombreux sont ceux qui cherchent à ouvrir une issue par le haut au désastre du naufrage du PS qui entraîne dans le fond tout ce qui est étiqueté « de gauche ». Au Front de Gauche, plusieurs pistes ont été explorées conjointement. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a fait un gros effort en direction des socialistes qui manifestaient des velléités de résistance. Comme nous il y a un an, il pensait qu’une majorité alternative « rouge rose verte » pouvait surgir à l’Assemblée. Il a fait le tour des clubs, et courants et sous courants qui se sont réunis aux quatre coins du pays jusqu’au ridicule de l’émiettement et des tergiversations. Il a pu vérifier les limites de l’exercice. Ses efforts ne sont pas perdus. De tout cela il ressort une impression commune et, pour finir, un diagnostic partagé.

De notre côté, la trajectoire a seulement anticipé celle de nos camarades. Nous avons commencé par plaider pour une majorité alternative à partir des députés élus en juin 2012. Certains nous reprochaient alors de renoncer à un infléchissement du gouvernement lui-même. Puis ont émergé « les frondeurs ». Mais aussitôt, nous les avons vus manœuvrer pour rester dans le giron familial sous prétexte d’être plus « nombreux » en s’abstenant qu’en empêchant la politique de Valls en votant contre. Nous sommes partis du constat que, vote après vote, une nette majorité du PS et de son groupe parlementaire votait en cadence des mesures extrêmement libérales, en connaissance de cause et que s’il y avait à intervalle régulier des frondeurs, leurs nombre et leurs vote quant au reste ne permettaient pas de lire une cohérence politique. S’abstenir sur le budget et voter celui de la Sécu, voter l’ANI et s’abstenir sur le budget de la Sécu c’est toujours garder un doigt sur la couture d’une des deux jambes du pantalon ! Pour autant fallait-il renoncer à l’appui de leur pouvoir de nuisance en les démonétisant ? Au contraire ! Il fallait propager tant que possible le doute qu’ils introduisaient dans les rangs de l’électorat PS. Et cela sans renoncer à les voir prendre des positions claires. Sans semer d’illusions sur leur compte et sans décourager tant des nôtres qui n’ont aucune confiance dans ces frondeurs si pusillanimes. Le silence et l’inactivité de ces derniers dans l’affaire de la mort de Rémi Fraisse n’a rien arrangé à leur crédibilité dans les rangs de l’opposition de gauche rouge et verte.

Notre méthode a été la suivante : ni illusion ni sectarisme. Nous croyons à l’action. À rien d’autre. Sans a priori et sans exclusive, bienvenue à tous ceux qui viennent dans l’action avec nous. Nous sommes fatigués des rencontres, forum, colloques, table ronde, université d’été « ouverte » qui pullulent depuis des mois où l’on bavarde pour répéter sans fin les mêmes banalités. Combien de fois a-t-il fallu entendre qu’il fallait « d’abord des idées » comme si le programme « L’humain d’abord » était effacé du paysage. Et ainsi de suite. Sans oublier les couplets sur « l’unité » et autre machine à amnistier le PS et à soumettre toute notre énergie aux caprices des derniers arrivants ! Donc, le ticket d’entrée porte un nom : action commune contre le gouvernement. Dans le cas qui nous occupe cette méthode a son rendez-vous : la présence le 15 novembre dans La marche contre Hollande et sa politique.

Car cette marche est le fruit d’une longue patience et d’un travail d’écoute mutuel de longue haleine. Il y a des mois que des syndicalistes de tous niveaux, des associatifs se réunissent dans ce collectif. Certes, il n’a eu droit à aucune lumière. Mais il a fait un travail de fond, comme aucun colloque ni autre forum. Ce collectif s’est constitué dans l’appel à la marche du 12 avril. En dépit de l’énorme pression des provocations contre nous, l’attelage a tenu bon. Il réalise un vieux projet, construit pas à pas depuis 2012, de rassemblement de forces associatives, syndicales et politiques dans l’indépendance et l’autonomie de chacun. Ici est en train de se forger patiemment ce « front du peuple » qui est à la fois pour nous une méthode politique et un but. C’est aussi pour le PG le cœur de la stratégie de révolution citoyenne auquel il travaille. Bien sûr, personne n’est obligé d’être d’accord avec tout cela pour y participer. Je me contente d’exposer nos raisons d’y participer, d’y déléguer le plus haut niveau de notre parti et d’y voir un outil de l’avenir. Mais le test de l’action est cruel. Côté socialiste, seuls les « socialistes affligés » s’engagent. Les autres ont fondu dans le paysage « de la préparation des élections départementales et du congrès ». Côté EELV, il en va tout autrement : toute la gauche de cette formation est engagée et on annonce la participation probable de plusieurs dirigeants des autres courants de ce parti. « Nouvelle Donne » entre dans le comité d’organisation également et le NPA y est depuis le début. Cet arc de force, c’est l’opposition de gauche réelle en action. Bref, ça bouge, ça avance. Le critère n’est pas « à quel colloque tu m’invites » mais « qu’est-ce que tu fais ». Sur ce plan, la méthode a déjà des résultats prometteurs. Non ?

Evidemment les élections départementales en mars prochain perturbent l’horizon. Il est pratiquement impossible d’empêcher que recommencent ici et là les traditionnels arrangements entre bons amis avec le PS. Aucun PG n’en sera, naturellement. Mais d’autres idées cheminent dans les partis de l’opposition de gauche pour éviter la répétition du désastre des municipales. Elles convergent ici et là. Pour cette fois ci et pour ne rien rendre impossible je vais me contenter de reproduire le communiqué du PG sur le sujet. Comme vous le savez, je répugne à faire de mon blog le lieu d’expression du point de vue de mon parti. Si je le fais, c’est que nous croyons utile de faire tomber ce texte dans toutes les mains, de la base au sommet…

« Pour des listes d’initiative citoyennes et d’opposition à la politique du gouvernement aux élections départementales ». C’est le titre. Voici le texte intégral : «  Les dates des élections cantonales sont désormais officielles. Des discussions ont lieu dans les départements et plusieurs partis s’apprêtent à en discuter dans leurs instances respectives. Le PG a donc pris ses dispositions lors de son Bureau national. Pour nous, cette élection ne doit pas être une formalité politicienne. Il faut en faire un point d’appui pour mettre en mouvement une nouvelle force capable d’inverser le résultat annoncé. Car tout est fait pour que le FN mobilise son électorat et obtienne un fort succès. Ce sera donc le cas. Le PS connaîtra, lui, une sanction historique à la hauteur du discrédit de François Hollande et de son gouvernement. Une abstention immense est annoncée que le gouvernement a essayé d’amplifier en voulant faire cesser l’envoi du matériel électoral dans chaque foyer. Pas question de se résigner à cette déchéance du pays. Il faut créer les conditions de majorité citoyenne. Nous voulons travailler au retour du peuple à la victoire du refus des politiques austéritaires et productiviste. Et pour cela, nous voulons agir en toute indépendance vis-à-vis des forces politiques qui soutiennent le gouvernement.

Cela exige de mettre en place des formes de campagne permettant une véritable implication citoyenne. C’est à nos yeux un critère essentiel de la démarche à entreprendre. Le PG se prononce pour le principe d’assemblées citoyennes par canton désignant les candidates et candidats. Ces candidats pouvant être proposés par les partis soutenant la démarche ou bien directement à titre individuel dans l’assemblée elle-même. Ces assemblées seront appelées à animer concrètement la campagne. Nous proposons que l’ensemble de ces candidatures citoyennes soit identifié nationalement par une charte et un label commun. Le PG va donc entrer en discussion avec tous les partenaires potentiels, notant que certains d’entre eux ont déjà engagé des réflexions très voisines des nôtres. Sans exclusive, nous nous adresserons a toutes la gauche hors du gouvernement : Front de Gauche, EELV, Nouvelle Donne ou le NPA. Notre Conseil national de fin novembre tirera les enseignements de ces rencontres pour fixer en connaissance de cause sa stratégie et son programme pour ces élections. »

Non, ne laissons pas se banaliser la mort en manifestation

Fort heureusement, le débat sur les responsabilités dans les évènements du Testet ont continué cette semaine. On n’en sera pas resté qu’aux batailles rangées dans la rue. Celles-ci ont en effet l’inconvénient d’offrir tous les prétextes à nos pires ennemis, de minoriser l’action en effrayant tout le monde. La violence est la plus grossière des récupérations politiques. Par contre, je dois dire que la façon dont Cécile Duflot a défendu les écologistes engagés dans la lutte contre barrage du Testet a été exemplaire. Certes, EELV s’est beaucoup mis en avant. Le risque existe, là encore, de réduire la surface politique réelle des forces engagées dans ce combat.

Mais pour mes amis du PG, cela ne changera rien. Ils sont et resteront très présents sur place au Testet comme dans toutes les actions régionales et nationales sur ce thème. Comme ils le sont sur celui de la « ferme des mille vaches ».  Et bien sûr à  « Notre-Dame-des-Landes », où le rôle de nos amis est discret mais constant et apprécié. Car notre doctrine vis-à-vis des mouvements sociaux est que nous nous comportons à leur égard comme un comité de soutien et non comme un parti « guide » ou « d’avant-garde ». J’en profite pour ajouter : cela ne vaut pas seulement dans ce cas. C’est vrai aussi dans les luttes sociales en entreprise. Raison pour laquelle nous ne nous exprimons jamais sur les orientations des syndicats et ne demandons aux nôtres ni adhésions préférentielles ni regroupements internes dans les syndicats. Cette attitude n’est pas sans succès puisqu’elle permet à des dizaines de syndicalistes de tous niveaux de responsabilité et de toutes les organisations de se retrouver à l’aise au PG. Cette adhésion prend pour eux et nous le sens d’une aide à la capacité d’expertise et de rayonnement du parti. Et dans le syndicat, leur appartenance au PG vaut comme un label de refus des compromissions avec le PS, sa politique gouvernementale comme face à la droite. Ce point lui assure une estime croissante et démultiplie l’influence de nos idées.

Je crois aussi que dans l’opposition de gauche, de Duflot à Besancenot, chacun a joué le jeu de la protestation pacifique et de l’argumentation. Côté PS et gouvernement, ce fut l’inverse. C’est-à-dire une tentative acharnée d’assimiler le refus du projet de barrage à une incitation à la violence. Leguen, Cazeneuve et autres ont passé leur temps à ce dénigrement. J’ai été, moi aussi, bien ciblé par le ministre de l’Intérieur après avoir demandé sa démission. démission. J’ai expliqué dans ce blog pourquoi je demandais cette démission. J’argumente dans un registre de principe. Je vais reprendre ici, pas à pas, mon explication. Le consentement à l’ordre public est la base de sa légitimité. En démocratie, l’ordre public est voulu par les citoyens car ceux-ci sont à l’origine de la loi. L’autorité du gouvernement démocratique repose alors sur la base de sa responsabilité politique dans l’application de la loi. Il doit donc l’assumer en toutes circonstances et à tout moment. Quant aux exécutants de l’action de « maintien de l’ordre » leur situation n’est pas du tout la même. Ils sont responsables de leur obéissance et du respect des procédures prévues par la loi, les règlements d’usage et consignes d’usage du matériel qui leur est remis. Leur responsabilité sur leurs actes souligne la difficulté du métier. Mais elle n’annule pas la responsabilité des chefs politiques. Voilà pourquoi Bernard Cazeneuve doit démissionner, selon moi. Lui l’écarte d’un ton martial : « jamais »… Sa technique consiste a se défausser sur le tireur que la justice est chargée de trouver ! « Pourquoi est-ce que j’aurai démissionné alors que mon administration a été mise en cause injustement, qu’on me reprochait d’avoir donné des ordres que je n’ai jamais donnés, que des gendarmes – qui sont des fonctionnaires humbles qui ont le sens de la République, qui ont l’esprit de service public – se trouvaient exposés et qu’aujourd’hui ils se trouvent en accusation, il faudrait que je les lâche face à cette injustice, face à cette série d’accusations sans preuve, non. Un chef ne laisse pas ses troupes sur le bord du chemin lorsqu’elles sont attaquées. » (RTL, 3 novembre). Habile.

Cazeneuve oublie qu’il n’est pas « chef » de la police mais ministre de l’Intérieur. Il n’est pas délégué syndical policier mais représentant de l’autorité politique ! Mine de rien, au lieu d’assumer la responsabilité politique, il la reporte sur ses subalternes. « Il y a toujours des gens qui chassent en meute, qui demandent des têtes avant même que la justice ait fait son travail. » (Mardi 28/10, Public Sénat, jour de ma demande de sa démission). Ici la responsabilité de la situation n’est donc plus du ressort du politique qui donne les ordres mais de l’exécutant ! Donc Cazeneuve a tranché : le responsable c’est le tireur, pas lui. Il va même va plus loin. « Il est tout à fait normal que l’on attende que les enquêtes aillent à leur terme, établissent des responsabilités avant de sanctionner. C’est comme ça que fonctionne l’Etat de droit, on n’est pas dans un pays de justice expéditive n’en déplaise à monsieur Mélenchon et d’autres. » (France Info, jeudi 30 octobre). C’est donc parfaitement clair : la justice va désigner le coupable dans les rangs de ceux qui étaient en action.

Comme d’habitude les médias ont servi le plat au ministre. Ainsi sur Europe1, 29 octobre. La question était « Est-ce qu’il a des politiques “ derrière ” les casseurs », sans citer de nom. Cazeneuve n’attendait que ça. « Cette violence elle est partout. Elle est parfois aussi verbale, elle est intolérable, c’est la raison pour laquelle j’appelle, constamment, inlassablement, à la responsabilité de ceux qui ont une parole publique ». J’ai dit sur « Canal+ » que je m’oppose à la violence dans les manifestations. Besancenot a dit que casser des vitrines ne faisait pas partie des méthodes révolutionnaires ! Qu’importe à Cazeneuve ! Pour lui, il s’agit d’assimiler l’opposition de gauche aux violences. Il s’agit pour lui de stigmatiser ses adversaires politiques plutôt que de concourir à l’apaisement dont il se réclame. « Quand je vois par exemple que Jean-Luc Mélenchon explique ce matin que j’ai donné des instructions que des violences policières soient commises à Sivens, (…) ce que dit Jean-Luc Mélenchon est très précis, il dit : il y a eu des instructions de données de violences policières, et c’est la raison pour laquelle le ministre de l’Intérieur doit démissionner. Et tout cela est faux… (…) non seulement je n’ai pas donné des instructions mais j’ai donné des instructions inverses » (Lundi 3 novembre RTL). À quoi faisait référence Bernard Cazeneuve ? Je n’ai pas parlé le lundi 3 novembre au matin ! Supposons que ce soit mes propos de la veille, quand j’ai participé au sit-in pacifique au « Mur de la paix ». Je n’ai jamais  dit qu’il avait donné des instructions en faveur de violences délibérées ! Par contre je note que le ministre reconnaît avoir donné des « instructions contraires ». C’est donc que les violences délibérées étaient envisagées ? Par qui ? Les gradés sur le terrain ? Le préfet ? Qui ? On a compris.

Cazeneuve se défausse pour mieux impliquer un lampiste. Cette méthode va introduire un grand trouble dans les effectifs, croyez moi. Quand un ministre se défausse sur les exécutants, l’autorité de l’Etat n’étant plus située ni assumée, c’est sur le terrain que ça va se décider et ça c’est très mauvais ! En attendant, aujourd’hui, il y a deux lignes à propos des évènements du Testet et de la mort de Rémi Fraisse. Pour moi Cazeneuve est responsable. Mais pour Cazeneuve c’est un gendarme qui est le seul responsable et la justice va dire lequel. Je doute que son attitude améliore l’autorité de l’État… Et Hollande dans tout ça ? Qui ça ?

Non, 25 degrés à midi ce 28 octobre ce n’était pas normal

Pas à Dakar mais dans le Jura. À Maynal, dans le canton de Beaufort !  Depuis, l’automne m’a rattrapé à Paris et il y a des feuilles mortes jusque dans l’escalator de ma station de métro. Mais ce jour-là, heureusement, je n’avais pas encore perdu mes lunettes de soleil. Claude Buchot, viticulteur me recevait chez lui. Heureux hasard d’une correspondance de nos deux calendriers. C’est un pli du temps. J’ai dû croiser déjà cet homme à la fin des années soixante-dix quand je vivais et militais dans le Jura. On était au PS tous deux. J’étais à l’époque un productiviste banal sinon que j’étais un partageux ardent du Programme commun. Claude, de son côté, était déjà un paysan qui démarrait dans l’agriculture bio. Je suppose qu’à l’époque je devais ricaner. J’en suis certain. La plupart d’entre nous ne comprenions rien au problème qu’une poignée d’esprits essayait de faire vivre au milieu des moqueries. Claude ne se contentait pas de parler. Il agissait. Il avait pris à bras le corps les thèses auxquelles il croyait et il les mettait en application dans l’exploitation familiale, à ses risques et péril, à la sueur de son front, à la force des bras et de l’endurance à tenir tête à tout le monde. Aujourd’hui, son exploitation tourne bien, au grand dam des productivistes qui avaient annoncé mille fois sa chute. Aux dernières régionales, il a conduit une liste de décroissants. Claude n’a cessé de mettre en œuvre concrètement, sur ses terres, toutes les innovations que l’esprit décroissant suggère. J’ai passé l’âge du ricanement. Ou peut-être ai-je trop aimé boire du blanc sans avoir aussitôt mal au crâne ! Il est vrai que le blanc du Jura, avec son gout de pierre à feu est réservé à une élite de papilles. Mais quand il n’est pas élevé bio, comme les autres, c’est aussi un peu du jus de chimie. Mais il faisait chaud. Vraiment trop chaud. Claude me dit qu’il faut faire attention quand on pense qu’on n’a « jamais vu ça ». Car en réalité on a déjà beaucoup vu des sautes du climat ! Mais tout le monde oublie vite. Pourtant, il ajoute que maintenant, ça ne tourne pas rond.

En juillet, il est tombé 300 mm d’eau sur le Jura. C’est un record de précipitation pour ce mois-là selon Claude qui tient une statistique depuis trente ans. Quand je suis allé sur une parcelle qu’il travaille en vigne sur le coteau qui surplombe la Bresse, avec Beaufort à droite, il y avait dans notre dos la forêt de feuillus qui courrait sur la crête. Je n’y ai pas vu les parures d’automne. Pourtant, ce n’est pas discret l’automne dans les feuillus ! Mais peut-être que c’est trop tôt ? Il y a si longtemps que je rate l’automne dans la nature. Mais non, même les platanes devant ma fenêtre sont encore en feuilles. Qu’il fasse beau, sec et chaud et que le coteau soit vert de chez vert, tout ça juste la veille de Toussaint, non, ce n’est pas banal. Le chaud est remonté du sud. La preuve est là, elle a des petites ailes et vole en paquet comme dans votre cuisine quand vous avez acheté des fruits mous. La drosophile. Minuscule moucheron. Il en vole des nuages en ce moment même encore. Dans le jura, fin octobre.

Je voudrai rappeler que le record de France du froid en hiver c’est toujours à Mouthe, là-haut sur le troisième plateau. Dans une vallée grande comme rien du tout : moins quarante, les amis ! La drosophile n’est pas encore dans ce coin là. Mais elle est bien là, en bas, au bout de la plaine et sur le premier plateau. Elle y est et elle n’y était pas avant ! Et son passage n’est pas anodin. Elle perce la peau du raisin et pond ses œufs dans le grain. Comme la peau est percée, le jus est au contact de l’air. Alors dans la vigne déjà on sent le vinaigre. Car le vin, c’est juste du vinaigre contrarié, du vinaigre qui ne s’est pas fait mais qui se fera de toute façon un jour ou l’autre au contact de l’air. En attendant, si le grain part avec ses drosophiles à la cuve, patatras, tout le contenu tourne au vinaigre séance tenante. Voila le changement climatique à cette étape. Personne n’a envie de sourire. J’ai lu que les oliveraies dans la Drôme sont frappées de même par la mouche. Et la récolte a lieu trois semaines plus tôt que d’habitude. Les « très intelligents » qui continuent leur modèle productiviste sans blêmir n’ont jamais dû entendre parler de tout ça. Ca ne les intéresse pas. Parce que la « mondialisation-la compétitivité-gnangnagna », ne sait pas que les feuillus étaient d’or à l’automne fin octobre, avant que leur insondable cupidité ait tout gâché.

François Hollande au Canada a rabougri la France

Il a commencé cette visite d’État au Canada par la province de l’Alberta dimanche 2 novembre. C’est l’une des provinces les plus à l’ouest du pays. Il est assez curieux que le président de la République française ait choisi de se rendre d’abord dans une province anglophone. Surtout en ne rendant visite aux 6 millions de francophones du Québec qu’à la fin de sa visite d’État de trois jours. Mais passons. Hollande ne connaît pas l’Histoire et ne s’y intéresse pas. La francophonie aux Amériques, à ses yeux, c’est sûrement juste du folklore. Mais il y a pire, on le sait. C’est la première fois que les Français ont honte de leur représentant quand il est à l’étranger. Car en Alberta, François Hollande a vanté l’exploitation du pétrole comme un pauvre petit commis de service. « Je souhaite que la France puisse continuer à mettre en valeur les immenses richesses du Nord-Ouest canadien, que ce soit dans les techniques d'exploitation, de transformation, d'acheminement des hydrocarbures ou que ce soit dans la construction d'infrastructures ». La France ? Total, c’est la France ? Des propos irresponsables. Certes, grâce à ce gisement, le Canada est devenu la troisième réserve mondiale de pétrole derrière le Venezuela et l’Arabie Saoudite ! Deux millions de barils de pétrole sont produits chaque jour dans la région. Mais c’est un des pétroles les plus sales du monde ! Pourquoi ? Parce qu’il se présente comme une sorte de pâte visqueuse mêlant pétrole et sable. Or, pour séparer le pétrole du sable, il faut des quantités énormes d’eau et de produits chimiques dans des bassins de décantation. Mais ce n’est pas tout. Les conditions même d’exploitation du pétrole de l’Alberta sont une catastrophe écologique. Pour récupérer ce bitume, les pétroliers ont littéralement dévasté une immense zone géographique. Les opérations de déforestation ont ainsi décimé une partie de la forêt boréale.

Cette visite est une faute. Elle est intervenue le jour où le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat remettait un nouveau rapport encore plus alarmant que les précédents ! C’est le rapport le plus complet depuis 2007. Que dit le GIEC ? Que le changement climatique a commencé et que si nous n’agissons pas, il aura des conséquences « graves, étendues et irréversibles ». Que les niveaux de concentrations de gaz à effets de serre dans l’atmosphère ont atteint des niveaux record depuis 800 000 ans. Que la température moyenne à la surface de la Terre et des océans augmente de manière inédite dans l’histoire : +0,85°C depuis 1880 ! Que, « nous avons peu de temps avant que la possibilité de rester sous les 2 °C ne disparaisse ». Que pour atteindre cet objectif, il faut réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 50 à 70% d’ici 2050 et les faire disparaître totalement d’ici 2100. Que pour cela, il faut en particulier se passer des énergies fossiles, dont le pétrole et stopper la déforestation. C’est-à-dire tout le contraire de ce qu’a encouragé François Hollande au Canada ! Et pendant ce temps, Laurent Fabius et Ségolène Royal versaient des larmes de crocodile à Paris sur le rapport du GIEC.

Le signal envoyé par François Hollande est désastreux ! En effet, notre pays accueillera en décembre 2015, la Conférence climat de l’ONU. Des dizaines de chefs d’Etats et de gouvernement vont se presser au Bourget. Pour cette COP21, la 21ème Conférence des Parties à la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques. L’objectif affiché est d’arriver à un accord international sur la lutte contre le changement climatique pour prendre la suite du protocole de Kyoto qui arrive à échéance en 2020. Au Canada, François Hollande affrontait un des points durs de la négociation sur le climat. Le Canada a décidé de se retirer du protocole de Kyoto en 2011, notamment pour pouvoir exploiter et consommer plus facilement son pétrole des sables bitumineux. En octobre dernier, le Premier ministre canadien Stephen Harper a même refusé de rencontrer l’envoyé spécial de François Hollande pour la protection de la planète, Nicolas Hulot. En vantant le pétrole canadien, Hollande a rendu les armes avant même d’engager la bataille. Il s’est tiré une balle dans le pied avant sa conférence de l’an prochain. Tant pis pour lui. Le drame est qu’il ait agi contre l’intérêt général humain. Et au nom de la France.

Mon livre vit sa vie

Pour l’heure cela se présente comme un succès de vente. On ne peut pas dire que ce soit dû a une mise en place particulièrement incitative, car Trierweiler et Zemmour ont visiblement la faveur des gens qui font les vitrines. Mais qu’à cela ne tienne. Les idées de gauche aussi ont leur espace et le bouche à oreille fonctionne assez bien finalement. Je suis très heureux des discussions qu’il déclenche ici ou là. J’ai évidemment noté celle qu’a soulevée le post sur Médiapart de Pascale Fautrier l’auteur du fameux livre « Les rouges ». Ce post propose un angle de regard qui met en appétit de lecture et de débats. Et les commentaires aussi. Vous avez peut-être noté que nous avons mis en place sur mon blog un « plus » du livre, service après rédaction. Je suis friand d’illustrations, de compléments ou de vérifications et démonstrations concernant les thèses de ce livre pour en rendre le contenu plus efficace. Je remercie donc d’avance ceux qui voudront y pourvoir.

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MessageSujet: Deux ans et demi, c’est long ! (François Delapierre)   Mar 11 Nov - 17:01

Lundi 10 novembre 2014

Deux ans et demi, c’est long !

Certes les institutions de la Cinquième République permettent à un président de la République d’exercer l’essentiel des pouvoirs même s’il est démuni de tout soutien populaire. Mais ça use. Même les régimes les plus autoritaires ont besoin d’un peu de légitimité pour durer. Il se peut donc que la chute de Hollande soit aussi celle de la Cinquième République.

En tout cas un principe est en train d’émerger qui a fait aussi son entrée dans plusieurs des nouvelles constitutions américaines. C’est celui de la responsabilité permanente des élus, qui percute l’irresponsabilité cultivée au contraire par les institutions de la Cinquième République. Une révocabilité des élus, s’il le faut à mi-mandat, aurait permis de régler plus efficacement et plus dignement de récents cas concrets comme les affaires Cahuzac, Thévenoud ou Balkany.


Cette règle s’appliquerait surtout à Hollande. Ce serait un bon moyen de lui rappeler qui l’a fait roi, et un outil autrement plus performant de « vérification démocratique » (pour reprendre les termes que François Hollande lui-même utilisait quand il n’était que candidat et se projetait dans un entretien avec Edwy Plenel) à la mi-mandat, qu’une émission « face aux Français » sur Tf1.

Ce principe, dont on voit bien l’application concrète, s’oppose à la souveraineté intermittente du peuple, renvoyé à un statut de spectateur impuissant, sitôt l’élection passée. Il n’est donc pas étonnant que ce mot d’ordre de révocabilité des élus ait fait son apparition parmi ceux de la journée nationale de manifestation du 15 novembre lancée par le « collectif triple A » contre la politique gouvernementale d’austérité. C’est une réponse démocratique au détournement de la souveraineté populaire que représente le tournant pro-Medef du président Hollande, après une campagne qui n’en disait pas un mot.

Cette fois encore la question sociale et la question institutionnelle ne font qu’un. L’austérité a besoin de la Cinquième République en France, comme elle a besoin de la Troïka en Grèce, pour s’imposer sans débat. La revendication d’une Sixième République est donc le facteur unifiant de la période.

François Delapierre

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