L'Humain d'abord - Pour une 6ème République

Forum d'information et de discussion politiques - Jeu 27 Juil - 18:47
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 En 7 épisodes : Loi sur la transition énergétique (À brûle Pourpoing)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: En 7 épisodes : Loi sur la transition énergétique (À brûle Pourpoing)   Lun 10 Nov - 16:54

Loi sur la transition énergétique (1/7) : Des objectifs affichés et la réalité du texte

Première partie – Introduction

Alors que le dérèglement climatique ne cesse d’augmenter, que la pollution de l’air devient de plus en plus difficile à gérer, que la précarité énergétique fait des ravages et que la santé et la sécurité des travailleurs et des citoyens sont de plus en plus menacées par nos comportements, le projet de loi pour la transition énergétique aurait dû être l’occasion de transformer en profondeur notre système énergétique et nos consommations. Mais non ! La croissance est première, et décide de tout. Ségolène Royal et le gouvernement Hollande (accompagnés par une partie d’EELV) sacrifient la bifurcation écologique nécessaire sur l’autel du libéralisme et de la politique de l’offre, pour satisfaire les intérêts du Capital.


Le titre de cette loi pourrait suffire à en comprendre les tenants et les aboutissants :

« Projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte »

Afin d’atteindre cet objectif réel (« pour ») qu’est la croissance verte, la loi s’appuie sur trois principes porteurs :

■ La libéralisation du marché de l’énergie
■ Le choix gouvernemental de l’austérité
■ Le maintien à tout prix (et celui-ci est élevé) du nucléaire

Les objectifs affichés de la Loi qui visent à diminuer de 40% nos émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030 par rapport à 1990 et à les diviser par 4 en 2050, à réduire notre consommation d’énergie finale de 50% en 2050 par rapport à 2012 et à porter à 32% la part des énergies renouvelables (EnR) en 2030, sont louables.

Seulement que pouvait-on attendre de moins dans une loi pour la transition énergétique (1) ?

Et ce ne sont que des objectifs affichés ! Les conditions pour y parvenir sont, quant à elles plus qu’aléatoires. Pour les unes elles sont déjà obsolètes, pour d’autres très insuffisantes et pour les reste contre-productives.

Cette loi est présentée pour la transition énergétique mais surtout pour la croissance verte dont on sait ce qu’elle cache : de la croissance du PIB et un illusoire capitalisme vert.

La croissance, c’est celle du PIB, c’est de la croissance tout court, c’est-à-dire de la surconsommation, de la production des biens inutiles tout en trouvant les moyens de les rendre nécessaires (comme le montre le mythe de la voiture électrique propre analysé ici).

Ainsi, pour satisfaire la croissance tout en laissant croire qu’on fait de l’écologie, il faut produire encore plus d’électricité en disant qu’il pourrait y avoir des énergies propres comme le fait l’Exposé des motifs qui accompagne le texte de loi :

« l’essor d’énergies propres qui réduiront les charges financières de la nation et des ménages ainsi que l’impact environnemental et sanitaire des énergies fossiles importées, lourdement émettrices de gaz à effet de serre »

En une phrase, présentée comme l’un des deux piliers de la loi, on retrouve le flou volontaire qui traverse le texte.

D’abord, il n’y a pas d’énergies propres. Toutes ont un bilan carbone et la seule énergie propre est celle que nous ne consommons pas.


En tenant compte du bilan carbone en terme d’analyse de cycle de vie (ACV) (2) qui comprend l’extraction de la matière première, la production et la consommation, le classement est le suivant pour les principales source d’énergie :

Bilan carbone ACV en gCo2/kWh
(source RTE, Ministère de l’écologie, Ademe)

1. Charbon  : 1000
2. Fioul : 1000
3. Gaz naturel  : 400
4. Nucléaire  : 70
5. Géothermie électricité  : 70
6. Solaire photovoltaïque  : 50
7. Hydraulique : 20 à 40
8. Éolien : 20 à 23
9. Biomasse électricité  : 15

Toute production d’énergie a donc un bilan carbone et engage des pollutions et des contraintes plus ou moins importantes.

Par exemple, il faut du lithium pour produire des panneaux solaires. Ce n’est pas une ressource renouvelable, et son exploitation pousse entre autre à l’accaparement des terres par les grands multinationales.

Nous ne pouvons donc pas faire du développement des EnR un objectif isolé de la sobriété. C’est pourtant ce que fait le projet de loi en favorisant la consommation d’électricité et en livrant ce développement au marché.

Ensuite, expliquer qu’en laissant le nucléaire au centre de notre mix électrique (en lui donnant même encore plus de place, puisque cette loi nous emmène vers le tout électrique) on va réduire les charges financières de la Nation et des ménages, c’est une supercherie. L’industrie électronucléaire est à l’origine de la précarité énergétique que subissent plus de 8 millions de personnes en situation de précarité. 42% de français se disent en restriction volontaire de chauffage et en 2012 on a recensé 180 000 coupures de gaz et 400 000  d’électricité (soit 80 000 de plus qu’en 2011). Cette précarité s’accentuera à cause du nucléaire et de son coût qui va devenir très vite exorbitant).

Enfin, on nous dit qu’il s’agit de réduire aussi « l’impact environnemental et sanitaire des énergies fossiles importées ». Très bien ! Mais pourquoi préciser « importées » ? Est-ce pour dire que les énergies fossiles qui ne seraient pas importées auraient moins d’impact environnemental et sanitaire ? Est-ce pour laisser la porte ouverte à l’exploitation prochaine des gaz de schistes sur notre territoire ?

Voilà donc un pilier bien fragile qui met en évidence les confusions entretenues dans ce projet et le fossé entre les affichages et la réalité.

Les objectifs écologiques de ce projet apparaissent alors comme circonstanciels et ne servent qu’à masquer le prolongement de notre production d’électricité nucléaire et à accélérer la libéralisation du marché de l’énergie.

(1) À lire les analyses de Mathieu Agostini sur le sujet : http://www.souslespaveslaterre.fr/loi-transition-energetique-objectifs-pas-de-moyens-decryptage-2/

(2) bilan d’émission de dioxyde de carbone (Co2) par source d’énergie en amont et en aval de la production de cette énergie dont les émissions de Co2 liées à la construction des infrastructures.

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique (2/7) – Un projet libéral avant tout   Lun 10 Nov - 17:19

Loi sur la transition énergétique (2/7) – Un projet libéral avant tout

Après avoir mis en évidence les objectifs réels de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, voici la seconde partie de cette synthèse. Il s’agit ici de montrer en quoi l’essentiel de la loi cherche avant tout à accélérer la libéralisation du marché de l’énergie. Le moment aussi de remercier Corinne Morel Darleux et Mathieu Agostini et les camarades de la commission écologie avec qui nous avons suivi de près toutes ces étapes.

Deuxième partie – Un projet libéral avant tout

L’efficacité énergétique

Cette loi est un projet libéral avant tout parce qu’il laisse une grande partie des travaux de  rénovation thermique des bâtiments à la volonté individuelle. Si des améliorations ont été apportées par le travail de la commission parlementaire sur ce volet, il n’en reste pas moins quelques étrangetés.

D’abord, dans le volet « efficacité énergétique », l’objectif de rénovation de 500 000 logements par an jusqu’en 2017 a disparu de la loi. A la fin des échanges en commission sur le Titre I du projet,  dans lequel apparaissait cet objectif, il a été clairement dit qu’il serait déplacé au Titre II puis… plus rien… Reviendra ? Reviendra pas ?


Quoi qu’il en soit, cela ne changera rien. Au final la loi propose des incitations fiscales et économiques comme le fait la commission européenne depuis longtemps. Elle livre le marché aux grosses entreprises de rénovations et rend service en premier lieu aux gros promoteurs et aux gros propriétaires. Le tout sans garantir en rien une rénovation complète et homogène sur le territoire.

En faisant reposer l’acte nécessaire sur la volonté individuelle et sur la capacité des ménages à pouvoir assumer ce type de travaux, les objectifs ne pourront être atteints. Il ne s’agit pas là de lire dans l’avenir mais plutôt dans le passé.

En effet, la loi Grenelle de 2007 prévoyait la rénovation de 400 000 logements par an, sur le même principe. Dans les faits ce ne sont que 60 000 rénovations annuelles qui ont été effectuées à cause des conditions de mise en oeuvre et aussi parce que les 2 Mds€ du plan logement ont été abandonnés, austérité oblige ! Avec ce projet de loi, c’est la même chose, le budget 2015 ne fait même pas apparaître les crédits nécessaires pour atteindre les objectifs !

Les politiques européennes en la matière, sur les mêmes incitations, sont un échec et la commission européenne reconnaît que les efforts ne parviendront pas à atteindre les objectifs fixés pour 2020.

Si la démarche individuelle n’est pas inutile, elle est insuffisante car la conscience de l’urgence climatique n’est pas une donnée spontanée. Et même si elle l’était, il est évident que les propriétaires les moins aisés n’auront pas les moyens des travaux nécessaires.

La libéralisation du marché de l’énergie

Ce projet de loi a aussi pour vocation première de satisfaire aux exigences européennes de libéralisation du marché de l’énergie.

Depuis longtemps nous connaissons les problèmes liés à la mise en concurrence des concessions hydroélectriques. La nouvelle loi prévoit donc de créer de nouvelles sociétés d’économie mixte (SEMH) qui permettront au privé de rentrer jusqu’à 66% dans le capital contrairement aux SEM classiques qui avaient un actionnariat public à 51% minimum.

Le développement du marché des renouvelables va connaître le même sort. L’important pour Ségolène Royal est avant tout que nos « énergéticiensi qui sont parmi les plus performants à l’échelle planétaire investissent dans les énergies renouvelables, puissent conquérir des brevets, des innovations, et soient à l’offensive dans la transition énergétique mondiale. »

C’est donc un développement des EnR mondialisé, industriel et privé, ou tendant à la privatisation, qu’on nous prépare. Pas question de favoriser les coopératives citoyennes ou un pôle public de l’Energie que la Ministre de l’écologie défendait pourtant quand elle était candidate à la présidentielle.

Il est même prévu que nous devenions tous actionnaires ! En effet, les sociétés privées qui auront un projet d’implantation d’énergies renouvelables devront ouvrir leur capital aux riverains jusqu’à 20 %. Bon moyen pour faire miroiter des dividendes juteux et faire taire les oppositions locales.

On aurait pu imaginer une volonté d’encourager la production d’énergies renouvelables dans un projet collectif du type des coopératives villageoises, avec une véritable socialisation de la production et un pouvoir décisionnaire donné aux citoyens, mais il est clair que c’est aux grands opérateurs de l’énergie qu’on confiera le développement des EnR.

Cette libéralisation va de pair avec la nouvelle très probable ouverture du capital d’EDF (1).

Pire encore, c’est à une augmentation très forte du prix de l’énergie que nous allons assister.


Les ambitions du gouvernement s’inscrivent dans la droite ligne de la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité ) du 7 décembre 2010 (2) qui porte sur la réorganisation et la dérégulation du marché de l’électricité. Elle prévoit, entre-autres, la disparition des tarifs réglementés de vente de l’électricité pour les consommations importantes au 31 décembre 2015. Elle ouvre donc le marché à la concurrence.

Alors que la Commission de régulation de l’énergie (CRE) prévoit une augmentation de 50% du prix de l’électricité entre 2011 et 2020 liée aux coûts de production, cela ne pourra que s’accentuer avec la dérégulation du marché de l’énergie.

D’abord, il y aura une hausse des tarifs, puisque tout le monde s’alignera sur un prix « de marché » qui garantira une marge suffisante et que ce prix augmentera, ne serait-ce que parce que EDF va devoir faire face à un « mur d’investissement » comme le démontre le dernier rapport de la commission parlementaire sur le coût du nucléaire.

Au Royaume-Uni, le prix payé par le consommateur final a fortement augmenté suite à la dérégulation du marché de l’électricité. En effet, l’amortissement des investissements s’est naturellement répercuté sur le prix final causant une forte hausse.

De plus, les nouvelles exigences imposées par la loi NOME va augmenter considérablement le prix des pointes de consommation. Il faudra donc pouvoir lisser les consommations d’électricité sur la journée pour éviter les factures exorbitantes. Ce qui est loin d’être facile !

D’après la RICS (Royal Institution of Chartered Surveyors) qu’on ne peut taxer de gauchiste, une mauvaise gestion des consommations d’électricité pourra entraîner un écart de 30 % de coût entre un contrat bien géré et un contrat mal géré.

Individualisation des démarches d’efficacité et de sobriété, libéralisation des concessions hydrauliques, ouverture du marché des EnR, ouverture du capital d’EDF, déréglementation des tarifs de l’électricité, le sens de cette démarche ne peut échapper à personne.

Comment peut-on imaginer que la libéralisation du marché de l’énergie que ce projet de loi accélère, puisse permettre de ralentir notre consommation ? Comment croire que le marché, par un miracle purement français, s’intéresserait benoîtement au sort de notre planète et au portefeuille des ménages avant les dividendes de ses actionnaires ?

D’autant que tout cela s’inscrit dans un contexte d’austérité incompatible avec les urgences écologiques et sociales comme le prochain billet tentera de le montrer.

(1) http://www.souslespaveslaterre.fr/privatisation-incompatible-transition-energetique/

(2) http://www.lepartidegauche.fr/actualites/edito/2719-projet-de-loi-nome

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique (3/7) : L’austérité incompatible avec la transition énergétique   Lun 10 Nov - 17:39

Loi sur la transition énergétique (3/7) : L’austérité incompatible avec la transition énergétique

Après avoir mis en évidence les objectifs essentiellement libéraux du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte, et avant de développer les dangers du maintien du nucléaire dans notre mix-électrique, nous allons voir ici que, quoi qu’on pense des objectifs de cette LTECV, l’austérité qu’impose le gouvernement ne permettra jamais de les atteindre. Sur ce point, il me semble que nous nous retrouvons avec les député-é-s EELV. Reste à voir leur vote sur le budget 2015…

Ce projet de loi est avant tout fondé sur deux dogmes :

■ celui qui affirme que « le chômage est lié à la croissance faible » (Le Foll)
■ celui qui impose l’austérité pour atteindre les 3% magiques de déficit.

C’est donc bien à la règle d’or sarkozyste que répond cette LTECV et non pas à la règle verte qui devrait pourtant guider un réel projet écologique.


Un investissement très insuffisant

Alors que pour parvenir à véritablement diviser par 4 nos émissions de GES à horizon 2050 l’ADEME ( Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) considère qu’il faudrait 10 Md€ par an jusqu’aux objectifs, et que plusieurs organisations environnementales considèrent même qu’il faudrait 20 Md€ par an, le gouvernement ne prévoit d’investir que 10 Md€ sur 3 ans pour financer sa transition énergétique.

Nous sommes déjà loin du compte, tout en sachant que ces 10 Md€ prévus serviront essentiellement à subventionner des entreprises privées dont on espère en retour qu’elles créeront 100.000 emplois nouveaux d’ici 2017.

Il s’agit donc de créer une « relance » illusoire et éphémère à moindre coût qui, au final, ne devrait permettre d’avoir qu’une « tendance baissière de la hausse » du chômage de 0,3% par an… ! D’autant qu’en annonçant la volonté de voir les entreprises créer 100 000 emplois rapidement, Ségolène Royal ne prend aucun risque. En effet, le grand carénage qu’EDF vient de lancer sur ces centrales, prévoit déjà l’embauche d’autant de sous-traitants. Ces emplois seront donc pour l’essentiel précaires et sans avenir, juste de quoi laisser croire que le nucléaire est une filière porteuse et qu’elle offre un vivier d’emplois ! Encore un appel à responsabilité des entreprises qui sent la connivence et l’enfumage.

Baisse du budget de l’écologie

Autre contradiction en pleine loi sur la transition énergétique : la baisse du budget du Ministère de l’Ecologie. Ayant déjà subi une réduction de son budget de 6,5% en 2014, il va de nouveau connaître une coupe de 6% pour 2015. En trois ans c’est 1,65 Md€ et 1641 emplois au ministère de l’Ecologie qui ont été supprimés. C’est bien le seul élément du processus de cette transition sur lequel le gouvernement impose la sobriété ! Sans que cela ne soit garant d’efficacité, bien au contraire !


Rien contre la précarité énergétique

La loi transforme le crédit d’impôt développement durable en crédit d’impôt pour la transition énergétique. Il permettra aux ménages de déduire de leurs impôts sur le revenu, 30% des dépenses liées à la fourniture et parfois à l’installation d’équipements performants. Mais comme pour la prime à la voiture électrique (qui n’est d’ailleurs pas inscrite au budget 2015), cela ne concernera que les propriétaires qui auront les moyens de compléter leur budget de rénovation thermique.

Contre la précarité énergétique, rien d’autre que le chèque énergie qui, lui non plus, n’est pas inscrit au budget, pas plus d’ailleurs que le fonds de garantie pour la transition énergétique. Avec l’ubuesque mise en place de l’écotaxe et sa suppression tout aussi incroyable, voilà réunie les preuves de l’absence totale de volonté du gouvernement de faire une véritable transition énergétique.

Au final ce mini-budget qui convient plus à l’austérité qu’à l’écologie servira à subventionner les grands opérateurs privées et, soyons en sûrs, à imposer à terme une fiscalité punitive sur les ménages les plus modestes qui ne pourront pas financer eux-mêmes des travaux ou changer leur vieux diesel et qui devront, par ailleurs, faire face à une augmentation du prix de l’électricité.

Les députés EELV qui ont voté pour ce projet de loi commencent d’ailleurs à s’inquiéter de ce tour de passe-passe budgétaire qu’ils semblent n’avoir pas vu venir, en tout cas qu’ils n’ont pas voulu envisager pendant le vote sur la LTECV. Ce n’est heureusement pas le cas dans les rangs de leurs militants souvent en désaccord avec leurs élus sur le sujet.

Pas de transition sans volontarisme

Une véritable politique écologique ne peut être séparée d’un volet social, et l’austérité c’est d’abord une attaque contre les politiques sociales. Une politique volontariste de gauche aurait instauré un pôle public de l’énergie avec une renationalisation et une socialisation d’EDF et d’AREVA et une renationalisation des autoroutes pour financer une réforme nécessaire des transports (voir billet sur la voiture électrique), comme le demande d’ailleurs Delphine Batho et comme le souhaitait la candidate à la présidentielle, Ségolène Royal.

L’austérité est incompatible avec une réelle transition énergétique, elle-même inséparable d’une bifurcation écologique. Seul l’État et la volonté collective peuvent défendre l’Intérêt général humain. Le marché ne peut assumer la transition énergétique. L’exemple de l’Allemagne est frappant à cet égard.

L’Allemagne est-elle toujours un exemple ?

Depuis la décision de l’Etat de fermer son parc nucléaire après l’accident de Fukushima, il est de coutume de dire que nos voisins brûlent beaucoup plus de charbon. C’est une réalité mais le lien entre les deux est arbitraire. En effet, les Allemands  ont réussi à atteindre en 2012 une baisse de leur consommation électrique qui équilibre à elle-seule la baisse de la production électronucléaire (9 tWh) (1).

S’ils ont recours massivement au charbon, c’est avant tout à cause du marché. En effet, c’est la conséquence d’un prix du charbon importé faible et d’un prix de marché du carbone déprimé.

Aux Etats-Unis, le gaz de schiste a inondé le marché, supprimant ainsi un débouché pour le charbon local qui s’écoule alors à bas prix en Europe. Quant au marché carbone, le prix de la tonne est tellement faible aujourd’hui (30€ début 2008, en dessous des 5 € en 2013) qu’il offre des droits à polluer avec du charbon ou du lignite qui émet pourtant environ deux fois plus de dioxyde de carbone que le gaz par kWh. Depuis 2011, les centrales allemandes au charbon et au lignite ont augmenté leur production de plus de 10% et leurs émissions atmosphériques ont augmenté d’à peu près autant.


Il est donc faux de dire que c’est la sortie du nucléaire qui induit l’augmentation d’émission de GES en Allemagne, c’est essentiellement la cohérence du marché, incompatible avec celle de la nature et du bon sens.

Il est possible de sortir à la fois des énergie fossiles et du nucléaire, le scénario négaWatt, par exemple, le montre très bien.

L’écologie est donc inséparable de la justice sociale et un véritable effort budgétaire en faveur d’une transition efficace devrait donc s’attaquer à une réforme fiscale d’envergure :  suppression des niches fiscales, introduction de plus de tranches pour l’impôt sur le revenu, création d’un revenu maximal autorisé, taxation du capital, … voilà de quoi réaliser un budget au service de la justice sociale et écologique.

(1) Rapport de la Commission d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire, à la durée d’exploitation des réacteurs et à divers aspects économiques et financiers de la production et de la commercialisation de l’électricité nucléaire p. 30 ici

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique (4/7) : Le nucléaire au secours du capitalisme vert   Lun 10 Nov - 17:54

Loi sur la transition énergétique (4/7) : Le nucléaire au secours du capitalisme vert

Le dernier axe porteur de ce projet de loi, c’est la sanctuarisation du nucléaire.

Là encore, les députés Verts ont eu beau tenter de faire subrepticement glisser leur volonté de sortir du nucléaire vers leur joie d’une « sortie du tout nucléaire », leurs militants ne s’y sont pas trompés et nous non plus.

La France n’était pas dans le tout nucléaire (expression sans aucun sens) et la nouvelle loi ne prévoit aucune diminution du nucléaire. Au contraire, elle inscrit dans le marbre la préservation de la puissance installée actuelle (63,2 GW) et elle valide l’idée du prolongement des centrales jusqu’à au moins 40 ans.

Un baisse réelle du nucléaire ?

La loi et ceux qui la soutiennent,annoncent une baisse du nucléaire. Il s’agit en fait d’une baisse de la part du nucléaire dans notre mix électrique qui passera de 75% aujourd’hui à 50% en 2025. Mais passer une part de 3/4 à la moitié n’induit pas nécessairement que la part est plus petite, si le gâteau est plus gros ! C’est toute la subtilité que cache le maintien de la puissance installée actuelle dans la loi. Ainsi, et au risque qu’on me démontre la fausseté de l’analyse, je me suis livré à un calcul, somme toute assez simple mais très éclairant :


■ Notre production d’électricité en France pour 2012 est de 541 TWh et notre consommation de 490 TWh.
■ 75% de cette production provient du nucléaire soit 405,75 TWh.
■ Sachant qu’EDF est une entreprise à logique libérale et capitalistique et le sera de plus en plus puisque son capital risque encore d’être ouvert.
■ En admettant donc logiquement qu’EDF va chercher à faire les plus grands bénéfices possibles, c’est-à-dire rentabiliser son parc au maximum.
■ Si la puissance installée reste la même, pour des questions de rentabilité, EDF devrait donc produire, a minima (car on sait que le nucléariste veut améliorer le taux de disponibilité de ses centrales), la même quantité d’électricité d’origine nucléaire qu’aujourd’hui.
■ Si nous passons la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité en 2025 et que la puissance installée reste la même, donc que la production sera équivalente pour préserver la rentabilité du parc, 405,75 TWh de production nucléaire représentera 50 % de la production totale d’électricité.
■ Ainsi notre production totale devrait donc atteindre 811,5 TWh.
■ Puisque nous produisons aujourd’hui 541 TWh, on peut donc en conclure que nous augmenterons de 50 % notre production d’électricité !

Où ira donc cette surproduction ? A l’exportation ? Nos exportations d’électricité ont été de 44 TWh en 2012 mais avec un retrait de 21 % par rapport à 2011. Il faudrait donc imaginer que nous passions à 391,5 TWh d’exportations pour écouler notre production ! Ce serait alors imaginer que nos voisins seraient prêts à ruiner leurs économies.

Il faut plutôt croire que c’est à une surconsommation d’électricité que nous aurons droit. Une fois encore, comme dans les années 70-80 avec le chauffage électrique, il faudra inventer des marchés, créer des besoins, inciter à consommer. Tout cela à cause de la faiblesse du gouvernement français de céder aux lobbies du nucléaire, contre toute attente démocratique.

Ce projet de loi favorise donc bien le nucléaire et c’est la raison pour laquelle Ségolène Royal a répété à l’envie qu’elle ne voulait pas opposer les différentes sources d’énergie. La comparaison aurait mis en évidence ce déséquilibre. C’est d’ailleurs la seule fois dans tout ce processus que la concurrence n’a pas été mise en avant comme moteur des décisions !

Et voilà, les fuites sont colmatées !

Au final, la loi protège les lobbies du nucléaire et nous enracine pour au moins 60 ans de plus dans la production d’électricité atomique puisqu’elle :

détricote dangereusement la réglementation concernant le démantèlement des centrales en dessaisissant l’ASN de ses prérogatives,
■ autorise et induit de fait le prolongement des réacteurs obsolètes jusqu’à au moins 40 ans,
■ favorise les grands industriels de l’énergie renouvelable qui sont aussi les grands opérateurs du nucléaire,
■ maintient la production d’électricité nucléaire tout en baissant sa part dans le mix, donc augmente la production totale, donc la surconsommation,
■ subventionne les dispositifs consommateurs d’électricité (voiture électrique individuelle) donc continue de subventionner le nucléaire en laissant croire que c’est une énergie peu chère,
■ propose une Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) de deux périodes de cinq ans, dont la seconde ne sera qu’indicative ! Ces temps courts de décision, comparés aux temps longs que nécessite l’industrie nucléaire (30, 40, 50 ans) et le déploiement des énergies renouvelables, est une façon de renoncer à faire des choix en la matière, donc à faire que la prolongation des centrales et le renouvellement du parc deviennent une nécessité de fait,
■ entérine la prolongation des réacteurs périmés jusqu’à 40 ans et, de fait, encourage la construction de nouveaux EPR.

En faisant ce choix de privilégier le nucléaire, le gouvernement est contraint d’aller contre les préconisations de la commission d’enquête sur le coût du nucléaire et contre celles de la Cour de Comptes, émises début 2014. Chose étrange puisque Denis Baupin, rapporteur de cette commission d’enquête, a aussi soutenu cette LTE ! ?

On pourrait en rire si les problèmes soulevés par l’industrie électronucléaire n’étaient pas de plus en plus graves, au-delà même de ceux liés à l’accident, et s’ils n’allaient pas finir par devenir insurmontables pour la France.

Les trois dernières parties de notre analyse aborderont ce problème.



_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique (5/7) : Les mauvais coûts du nucléaire   Lun 10 Nov - 18:50

Loi sur la transition énergétique (5/7) : Les mauvais coûts du nucléaire

Depuis son implantation arbitraire en France, on nous vend un nucléaire pas cher. Mais aujourd’hui, tout le monde s’aperçoit de la supercherie et tout le monde s’inquiète de savoir comment on va payer ce mensonge économiquement bien sûr, mais aussi socialement et écologiquement. C’est la raison pour laquelle une Commission d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire, à la durée d’exploitation des réacteurs et à divers aspects économiques et financiers de la production et de la commercialisation de l’électricité nucléaire, a été mise en place en 2014. Le rapporteur, Denis Baupin, attirait l’attention sur des questions cruciales, dont la loi de transion énergétique qu’il a pourtant soutenue ne tient étrangement pas compte.

Comment donc appréhender le coût réel du nucléaire ? Il ne peut pas se réduire à son seul coût de production. Il est plus juste, pour considérer le problème dans toutes ses perspectives, de l’aborder suivant trois axes :

1. Le coût social
2. Le coût de production
3. Le coût humain

1- Le coût social

Nous appelons « coût social » le coût que supporte la société dans son ensemble. Pour le nucléaire, il inclut :

La précarité énergétique

En France, il y a plus de 8 millions de personnes en situation de précarité énergétique. 42% de français en restriction volontaire de chauffage et en 2012 on a recensé 180 000 coupures de gaz et 400 000  d’électricité, 80 000 de plus qu’en 2011  !


Cette précarité est avant tout due au nucléaire. Depuis les années 70, EDF et AREVA, pour vendre leur électricité, ont organisé le mode de chauffage par convecteurs électriques dans les logements. Peu chers à l’achat pour les propriétaires, posés dans des passoires thermiques, la charge a été transférées sur les ménages qui se sont retrouvés avec des factures exorbitantes. L’illusion de l’électricité pas chère a alors provoqué un gaspillage et une dépense de plus en plus indépassable pour les Français qui, n’ayant pas le choix, sont obligés de vivre dans des logements pas chers, parce qu’équipés de « grille pain » ruineux.

En France, le prix au kWh d’électricité est 42% moins élevé qu’en Allemagne mais la facture finale des ménages allemands est moins élevée. Nous consommons 70% d’électricité en plus que nos voisins.

La conséquence tristement remarquable est l’extrême thermo-sensibilité de la France. Cela signifie que lorsqu’en période hivernale la température extérieure baisse de 1°C dans l’Union Européenne, la zone consomme 5000 MWh d’électricité en plus. Et que sur ce surplus, la France en engouffre la moitié à elle seule alors que la population française représente seulement 12,5 % de la population de l’UE ! Nous sommes donc extrêmement thermo-sensibles, c’est-à-dire que notre consommation monte en flèche à la moindre baisse des températures.

Le coût environnemental

Il est colossal !

Nous pouvons d’abord y inclure la dépollution des sites d’extraction de l’uranium. Il s’agit alors des graves ravages environnementaux au Gabon et au Niger où des milliers de personnes souffrent des conditions de vie imposées par les mines d’uranium exploitées par , mais aussi en France.

.

Ensuite, il faut tenir compte des nombreux incidents révélés par l’ASN et les associations environnementales françaises pour des taux anormaux de tritium, des fuites radioactives, des émanations,… 2013 a été l’année record des incidents alors que l’ASN a montré qu’on a dépassé les 1000 incidents en 2010. Le vieillissement de nos réacteurs n’y est pas pour rien et notre parc périmé, malgré les travaux du grand carénage, ne fera que se dégrader lentement, donc être plus dangereux, plus polluant, plus cher.

On ne peut pas non plus ignorer le problème du stockage des déchets dont le projet CIGEO à Bure montre toutes les incohérences et les dangers à très long terme.

Enfin, il s’agit de prendre en compte le coût environnemental du démantèlement impossible de nos centrales qui va faire peser sur les générations futures le poids de notre insouciante boulimie.

L’indépendance énergétique

C’est la plus grande tromperie de l’industrie électro-nucléaire, entretenue par tous les gouvernements !

En juillet 2012, le Commissariat général au développement durable, dans son « Bilan énergétique de la France pour 2011 » nous attribuait un taux d’indépendance énergétique de 53,5 %. Seul problème, dans ce calcul n’est pas pris en compte l’uranium ! Comme si les centrales produisaient de l’électricité à partir de rien. Si on calcule ce bilan avec l’uranium entièrement importé et le bilan énergétique catastrophique d’une centrale (1), notre taux d’indépendance tombe en dessous de 10%  !

Nous sommes donc totalement dépendant du nucléaire qui lui est entièrement dépendant des importations d’uranium.

Il faut alors ajouter à cette illusion les lourdes conséquences des guerres et nos comportements néo-colonialistes qui permettent d’assurer notre approvisionnement en uranium (Mali).

Et c’est sans compter les investissements plus que hasardeux d’AREVA dans des mines d’uranium fantômes comme le projet Uramin.

Les risques encourus par les populations

C’est le coût le plus mis en avant. Les catastrophes de Fukushima et de Tchernobyl devraient être riches d’enseignement mais ce n’est visiblement pas le cas.


À Fukushima, c’est bien le nucléaire et l’impérialisme pour lequel il a été mis en place qui doivent assumer la responsabilité des ravages sur la population et la nature. Seulement le bon sens n’est pas ce qui guide les nucléaristes et les pollueurs en général. Au Japon, après que des plaintes ont été déposées contre Tepco et l’ancien Premier ministre, la justice a statué que la catastrophe était liée à un événement naturel imprévisible. Ce raisonnement induit qu’il n’y a donc pas de responsabilité en cas d’accident nucléaire lié à des conditions naturelles ! Comme s’il n’était pas de la responsabilité de ceux qui imposent ces centrales de fournir une sûreté absolue en la matière. C’est pourtant une sécurité absolue qu’on nous vend en France. Faudra-t-il attendre l’accident pour voir qui est responsable ?

Le déni de démocratie

C’est un coût social non négligeable puisqu’il entretient des rapports conflictuels entre les « pro » et les « anti » nucléaire et qu’il met notre société dans l’illusion.

Des violences à Creys-Malville en 1977 à l’impossible débat sur le nucléaire depuis son installation, en passant par l’annulation des débats à Bure, l’opacité sur ITER, l’absence du nucléaire dans le Débat national sur la transition énergétique, la chape de plomb sur la reconnaissance des maladies du travail par EDF, l’exploitation des sous-traitants du nucléaires rendus invisibles, les pressions des lobbies pronucléaires, l’industrie électronucléaire et les gouvernements qui l’ont protégée n’ont eu de cesse d’entretenir l’opacité, le mensonge et même le chantage sur des populations et des communes qui ont copieusement été arrosée d’argent et de financement locaux.

L’impossible débat sur notre principale source de production d’électricité et le principal danger industriel que doit supporter la France, est le parfait exemple de négation des droits de chaque citoyen-ne.

À ce coût social viendra s’ajouter le coût de production, le plus opaque et le plus incalculable de tous les coûts, aussi étrange que cela puisse paraître.

Ce sera l’objet de notre prochaine partie

(1) Les pertes par refroidissement des centrales en France sont de 33% puisque 1/3 de la chaleur se disperse dans la nature pour le refroidissement. Cette perte représente de l’ordre de 900 TWh, soit plus que tout le chauffage de tous les bâtiments et de tous les logements de France !

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique 6/7 : 2 – Le coût de production du nucléaire   Mar 11 Nov - 10:39

Loi sur la transition énergétique 6/7 : 2 – Le coût de production du nucléaire

A la suite du coût social que nous considérons comme essentiel dans l’évaluation du coût d’opportunité de poursuivre le nucléaire en France, voici le deuxième volet :

2 – Le coût de production du nucléaire

En maintenant un coût de production annoncé faible, l’industrie électronucléaire a voulu prouver qu’elle était une aubaine pour les ménages et l’économie. Seulement elle sait depuis le début que ce coût est largement sous-évalué, et elle a cherché à le compenser en créant de la surconsommation et du gaspillage. Si cela a augmenté la précarité énergétique et la dépendance des ménages, ça n’a pas suffit à masquer la fuite en avant de cette filière, ni à préparer la transition énergétique nécessaire, bien au contraire.


Étrangement, il est difficile, voire impossible aujourd’hui, d’avancer un coût de production réel du nucléaire tant les cartes sont brouillées par les lobbies et les gouvernements successifs. Cependant nous savons deux choses :


1. Le coût de construction des réacteurs les plus récents est supérieur à celui des premiers réacteurs. Le plus nous construisons de centrales le plus cela coûte cher. Cette particularité est propre au nucléaire puisque dans toutes autres techniques, dont les énergies renouvelables l’effet tête de ligne est réel. Pas dans le nucléaire. Cela est dû à plusieurs choses dont la sous-traitances excessive qui interdit le tuilage, mais surtout parce que le process industriel du nucléaire n’est pas abouti, dans le sens où on ne maîtrise pas la sécurité complète des centrales, ni les conséquences d’un accident grave. De là sont induits des coûts toujours plus élevés pour améliorer, sans certitude, cette sécurité.

2. Le coût de production du nucléaire continuera de croître et sa pseudo compétitivité s’affaiblira encore. Le dernier rapport de la Cour des comptes indique que « le coût de production du nucléaire est très fluctuant » (comprenez en hausse constante et rapide ! ) « à cause de la diversité des éléments à prendre en compte » (à comprendre qu’ils ne l’ont jamais été). Elle explique qu’entre 2010 et 2013 cette industrie a connu un accroissement de 21% du coût courant économique (sans les surcoûts de l’EPR) et qu’entre 2008 et 2013 le coût des charges d’exploitation a augmenté de 25%.

À ajouter à cela le fait que la commission d’enquête parlementaire sur le coût du nucléaire met en évidence qu’EDF va devoir faire face à un « mur d’investissement » pour :

■ compenser les sous-investissements
■ améliorer la disponibilité du parc (78% aujourd’hui)
■ faire les travaux post Fukushima (sûreté et sécurité)
■ permettre la prolongation d’un parc obsolète

La Cour des comptes prévoit donc un investissement d’ici 2033 de 110 Md€ courants auxquels il faut ajouter les investissements de sûreté en cas de prolongation (inchiffrable aujourd’hui) et les investissements annuels soit 50 M€ par réacteur donc 3 Mds€ par an.

Ne sont pas pris en compte non plus les investissements colossaux que le renouvellement du parc nécessitera et qu’il faudra bien envisager un jour puisque la loi sanctuarise le nucléaire …

Autant d’investissements qu’on dira au service de la transition énergétique puisque le nucléaire est au cœur du dispositif prévu par le gouvernement, mais qui n’iront pas dans la recherche sur les renouvelables, ni sur le stockage de l’énergie, ni sur l’efficacité et la sobriété énergétique, ni même à compenser la précarité énergétique qu’ils provoqueront.

Le prix de l’électricité va donc grimper en flèche à cause du nucléaire. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) prévoit une augmentation de 50 % du prix de l’énergie entre 2011 et 2020 et la réalité le confirme puisque les tarifs ont grimpé de 5 % en 2013 et de 2,5 % en 2014.

Mais le pire, c’est que dans les calculs du coût de l’électricité nucléaire n’est jamais inclus le cycle de vie complet de l’uranium. Ainsi une partie des coûts est laissée de côté et pas la moindre :

le coût de la réhabilitation des sites d’extraction. Inchiffrable aujourd’hui et mal, voire pas provisionnée par AREVA. La réhabilitation autour de la mine d’Arlit au Niger, par exemple, demandera un investissement colossal. Sans compter que de nombreux sites existent en France et qu’ils ont, jusqu’alors, été laissés en l’état.

le coût réel du prolongement des réacteurs au-delà de leur date d’exploitation envisagée. Ce « Grand Carénage » (1) est évalué à 55 Md€ par EDF mais devrait s’élever à 80 voire 100 Md€ d’après tous les observateurs.

L’augmentation du coût de fonctionnement : Entre 2000 et 2012, il a augmenté de 35% à cause du vieillissement des réacteurs et du recours systématique à la sous-traitance. (2)

Le coût de renouvellement du parc : D’abord, le choix de poursuivre la construction d’un EPR à Flamanville est une aberration. Non seulement son temps de construction a doublé (5 à 10 ans) mais le coût de cette construction est passé de 3,3 Md€ à 8,5 Md€ et l’Italien Enel qui devait participer à hauteur de 12,5 % du projet, s’est retiré. Au final, l’augmentation du coût qu’EDF devra assumer seul est égal au déficit de la branche retraite de la sécurité sociale. Tous ces surcoûts et les difficultés rencontrées sur les chantiers de ces EPR, font qu’AREVA rencontre de sérieux problèmes pour vendre sa technologie puisqu’elle porterait le coût de base du kWh à plus de 100 € d’après la Cour des comptes.

Quoi qu’il en soit du scénario choisi pour le renouvellement du parc français si on maintient le nucléaire dans le mix énergétique, le coût serait aux alentours de 160 Md€ (3). L’opportunité de telles dépenses est loin d’être avérée…. Mais avec la libéralisation du marché de l’électricité, il y a fort à croire que les investisseurs privés qui vont devenir de plus en plus importants dans EDF et d’AREVA, pour rentabiliser un capital aussi important, ne reculeront devant aucune économie (sur les emplois, les matériaux, la maintenance, la sécurité, etc…) et mettront tout en œuvre pour nous faire surconsommer alors que tous les experts pointent la nécessité de devenir sobre et efficace dans notre consommation d’énergie. Au final, le coût du renouvellement du parc sera supérieur au coût de la sortie de la production d’électricité nucléaire. Sans compter que si on prolonge, il faudra bien démanteler le parc actuel.


Le coût réel du traitement des déchets : le projet CIGEO d’enfouissement des déchets à Bure (Meuse) donné à 15 Md€ a été réévalué à 30 Md€. La cour des comptes réévalue en permanence le coût du traitement des déchets mais reste encore loin de la réalité impalpable des temps extrêmement longs que l’économie libérale, à rendements courts, est incapable d’appréhender .

Le coût réel du démantèlement : Alors que la Cour des Comptes l’évalue à 32 Md€, en adoptant des formules de calculs prévisionnels comme celles de la Grande Bretagne et la Suède, le coût total du démantèlement du parc nucléaire français actuel serait de 200 Md€ (4).

Le coût de l’accident : L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) évalue les coûts liés à un accident nucléaire modéré à 70Md€  (accident type Three Miles Island). La création d’un fond doté de ce montant sur la durée de fonctionnement moyenne du parc nucléaire se traduirait par une dotation de 580 M€ par an estime la Cour des comptes (avec un rendement de ce fond de 5%). Avec 410 TWh (téraWattheure) produits annuellement en France ce fond coûterait 1,41€ le MWh.

Pour un accident grave comme celui de Fukushima, le coût monterait de 600 Md€ à 1000 Md€ d’après l’IRSN. Au final, comme à Fukushima alors que l’entreprise TEPCo est privée, le coût économique sera supporté par les contribuables, aucune assurance ne pouvant supporter de tels risques et qu’aujourd’hui, c’est l’Etat qui assure gratuitement les risques d’accident !


La Cour des comptes, au service des lobbies et du marché, évaluait à 49,6 € le MWh en 2010 puis 54,2 € le MWh en 2012, puis 59,8 € en 2013 soit une augmentation de 20,6% ! Sachant que ce chiffre ne prend pas en compte les différents postes que nous avons évoqués, certaines organisation, comme Utopia, estiment ce coût réel à 109 € le MWh, bien au dessus du coût de l’éolien par exemple.

Le coût de production d’un MWh par un réacteur nucléaire serait donc étrangement incalculable, comme tous les coûts dans l’industrie électronucléaire, quand on regarde les différences entre les évaluations initiales et les coûts réels au final (EPR, Brennilis, Bure, …). Ce paradoxe est la preuve que les coûts officiels annoncés sont faux et que quelles que soient les raisons de ces incertitudes, elles justifient une appréhension nouvelle du coût d’opportunité du nucléaire.

Le coût de production réel et le coût social de la production d’électricité d’origine nucléaire nous font d’ores et déjà comprendre que le maintien en vie d’une industrie à l’agonie fait payer un lourd tribu aux citoyen-ne-s français-e-s. Quand nous ajouterons à cela le coût humain payé par les employé-e-s de la sous-traitance du nucléaire, nous comprendrons aisément que le coût d’opportunité du maintien du nucléaire dans le mix de production d’électricité français est, quant à lui, très faible.

(1) - Le Grand carénage est le nom donné aux travaux fait sur tous les réacteurs français pour les mettre aux norme et permettre leur surexploitation. Voir la contribution du Parti de Gauche au Débat National sur la transition Energétique

(2) - Selon la CGT FNME, en 2009 c’est un coût supplémentaire de 1,36 Md€ qu’a provoqué le recours systématique à la sous-traitance. Voir la contribution du Parti de Gauche au Débat National sur la transition Energétique

(3) - D’après l’étude de Hervé Nifenecker agréée par le Conseil Scientifique de Sauvons le Climat
(4) - selon « en finir avec le nucléaire » (Dessus-Laponche – Seuil, 2011)

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot


Dernière édition par Admin le Mar 11 Nov - 15:22, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique (7/7) : Le coût humain du nucléaire   Mar 11 Nov - 10:39

Loi sur la transition énergétique (7/7) : Le coût humain du nucléaire

Calculer le coût du nucléaire ne peut se réduire à en calculer le seul coût de production, celui-ci étant étrangement inchiffrable, comme nous l’avons montré dans notre partie précédente. Il s’agit alors de calculer le coût d’opportunité de maintenir une telle industrie en tenant compte de la limite du coût de production mais surtout en appréciant le coût social et le coût humain que la production électronucléaire induit. C’est ce dernier point qui est l’objet de ce billet.

Les employés sous-traitants du nucléaire, les sacrifiés de la transition énergétique

Cliquez sur l’image : site de Ma Zone Controlée

Dans le cadre du débat faussé sur la transition énergétique, le Parti de Gauche avait décidé de déposer une contribution publique en forme de cri d’alarme. Il s’agissait de dénoncer ce semblant de démocratie excluant la question du nucléaire d’emblée et surtout, qui passait sous silence le problème majeur des travailleurs du nucléaire et en particulier des employés sous-traitants.

Depuis, une commission parlementaire s’est penchée sur le sujet, l’ASN commence à s’en inquiéter et les syndicats cherchent eux aussi à prendre le problème à bras le corps.

Un état des lieux alarmant

Le recours à la sous-traitance est un problème partout dans le monde du travail puisqu’il a pour but essentiel de mettre en concurrence des employés à travers les appels d’offres et les marchés. Il sert donc à contourner le droit du travail. Mais c’est encore pire dans le nucléaire car c’est une industrie du secret et de la manipulation et ces hommes et femmes sous-traitant-e-s sont invisibles.

Il y a près de 40 000 salariés de la sous-traitance à travailler pour l’industrie nucléaire et aujourd’hui plus de 22 000 d’entre-eux assurent 81 % de la maintenance du parc nucléaire français. Cette main d’œuvre à moindre coût est une aubaine pour EDF. Par exemple un « jumper », chargé d’entrer dans le générateur de vapeur pour une durée maximale de 90 à 120 secondes, permet à EDF de gagner 3 jours sur un arrêt de tranche. Ces employés, soumis à une activité très dosante en radioactivité, sont payés au SMIC et permettent à EDF de gagner 130 à 150 M€ par an suivant le nombre d’arrêts de tranche.

Pour que cela reste « acceptable » socialement, humainement et politiquement, EDF a donc recours à une gestion indirecte du personnel externe par les doses. Ainsi, il existe un droit à la dose (20 millisieverts / an) qui, une fois atteint, condamne le salarié précaire à perdre son emploi et son salaire. Cette dilution des doses sur des milliers de travailleurs précaires et temporaires permet alors à EDF de considérer et de revendiquer que l’exposition aux rayonnements ionisants est maîtrisée et ne représente pas de danger pour les travailleurs.

—Cliquez sur l’image : RAS nucléaire, rien à signaler : Un reportage d'Arte

En externalisant la quasi totalité de la maintenance de ses centrales et en faisant absorber 80% des doses aux sous-traitants, EDF se libère des contraintes du cadre juridique du Statut du Personnel, profite de la nature esclavagiste des rapports de domination dans la sous-traitance et s’exonère de la responsabilité sociale qu’elle devrait avoir en tant qu’entreprise d’État de service public. Avec la transcription dans la loi de l’Accord National Interprofessionnel (ANI) et les attaques contre le droit du travail, les accords locaux auxquels devra se plier le personnel sous-traitant, les liens de soumission vont être encore plus violents.

Le turn-over dans ces entreprises est de 32% alors qu’il est de 12% en moyenne, en temps de crise, dans les entreprises de plus de 10 salariés. Ces conditions de précarité interdisent un suivi médical sérieux à long terme (1) et la création d’un collectif pérenne et solidaire reste impossible (2).

Cette externalisation des risques et cette dilution des doses entraînent des risques importants pour la sûreté des centrales, des travailleurs et des populations avoisinantes.

Aujourd’hui il existe jusqu’à 8 niveaux de sous-traitance en cascade ce qui rend encore plus complexe une étude approfondie et globale du secteur. Les incidents sont souvent tus ou minimisés car la dilution des activités des prestataires empêche de « retracer » la chaîne des responsabilités. Même lors d’un accident, le « film » qui relate les faits devient impossible à établir car complètement sectionné.

L’ASN s’inquiète de plus en plus de l’accroissement de la sous-traitance dans la maintenance et le démantèlement des Centres Nucléaires de Production d’Electricité (CNPE) et des risques que cela entraîne sur leur sûreté.

Depuis notre contribution, les faits ne cessent, malheureusement, de nous donner raison.

L’entreprise Bouygues vient d’être inculpé pour homicide involontaire et sera jugé en novembre 2013, après la mort en 2011 d’un soudeur sur le chantier de Flamanville. En février 2013, elle a été condamnée par le conseil des prud’hommes pour le licenciement sans cause réelle ni sérieuse en 2010 de son chef de la sécurité sur le même chantier de l’EPR. Et en 2011 l’ASN l’accusait de « Sous-estimation méthodique des accidents du travail ». Fin 2012 une enquête à été ouverte pour « travail illégal et « prêt illicite de main d’oeuvre et marchandage » sur ce même chantier EPR. En août 2013 nous avons appris que le procès de Bouygues et de deux entreprises roumaines mises en cause devrait avoir lieu en 2014. Ajoutons à cela les graves erreurs de montage d’une vanne à cause d’équipe de sous-traitants incomplètes et de plans eux aussi sous-traités sur lesquels l’emplacement des moteurs était faux.


Si EDF n’a pas été inquiétée dans ces affaires, se cachant derrière la sous-traitance, elle a tout de même été condamnée le 27 août 2013 par le tribunal des affaires de sécurité sociale d’Orléans qui a jugé que « la maladie professionnelle dont était atteint Jean-François Cloix (employé EDF – ndlr) ayant entraîné son décès est la conséquence d’une faute inexcusable de la société EDF » et a estimé que la société n’apportait pas la preuve que le cancer de son employé n’était pas lié aux doses de radioactivité qu’il avait reçues, doses pourtant présentées par EDF comme inoffensives.

Un avenir inquiétant

EDF a engagé de très grands travaux sur tout le parc français : Le Grand Carénage. Il s’agira d’abord de permettre de faire fonctionner les centrales au-delà de la date de péremption initialement prévue (40 ans), ensuite d’augmenter la rentabilité du son parc tout en laissant croire que l’accident de Fukushima n’a aucune chance d’arriver en France.


En multipliant l’activité dans les centrales par 5 et le nombre d’employés sous-traitants par 4 au minimum, c’est à un afflux très important que vont devoir faire face les CNPE, les entreprises sous-traitantes et les habitants au voisinage des centrales. Ce « grand carénage » va donc provoquer un écran de fumée qui masquera, une fois de plus, les conditions de la sous-traitance et ses dangers pour la sûreté nucléaire, tout cela nous étant présenté comme bon pour l’emploi, le commerce, la croissance et l’indépendance énergétique de la France, entérinant alors définitivement la filière nucléaire comme une filière d’avenir.

Mais c’est à un grand carnage social que nous allons assister avec une pseudo croissance économique que les embauches vont provoquer artificiellement et à très court terme (5 à 7 ans). Cela s’accompagnera d’un dumping social sans précédent lié à l’utilisation de main d’oeuvre d’Europe de l’Est qui permet de contourner le fisc comme le cas sur ITER aussi. Mais c’est aussi la sécurité et la santé des précaires, non ou mal formés, ne connaissant pas les lieux ni les procédures, qui vont intervenir en Zone contrôlée dans des équipes n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble, ne parlant pas la même langue, avec des délais intenables et qui seront renvoyés au chômage dans 5 à 7 ans sans qu’aucun suivi médical ne puisse avoir lieu, qui sont menacées.

Ces embauches massives vont doper artificiellement un secteur économique en perte de vitesse masquer ses coûts réels et la réalité de l’obsolescence du parc nucléaire français et l’impasse que représente cette filière..

Non seulement nous allons assister à un carnage économique et social pour des précaires poussés à accepter de travailler au plus bas coût mais nous risquons aussi de voir arriver une catastrophe sanitaire annoncée par les conditions d’accueil, des expositions aux rayonnements mal gérées et le contournement des règles de sécurité (3). Enfin cela entraînera une catastrophe sociale par la surprécarisation de jeunes chômeurs, enfermés dans un nomadisme low-cost sans perspectives.

Non seulement le coût humain payé par les sous-traitants du nucléaire est inacceptable mais il est la preuve qu’on ne peut pas gérer le nucléaire sans faire porter les risques indépassables que représente cette industrie, à une partie de l’humanité .

Aucune autre industrie ne pourrait être acceptable humainement avec cette idée de faire porter le danger de mort qu’elle représente par des populations ciblées.

Aucune autre industrie ne pourrait être acceptable économiquement si on ne pouvait calculer son coût de production.

Aucune autre industrie ne pourrait être acceptable socialement si elle était aussi opaque, aussi polluante, aussi colonialiste, aussi précarisante.

Alors pourquoi continuons-nous de l’accepter ?

Comment les députés écologistes peuvent-ils encore se réjouir de cette transition énergétique qui sanctuarise le nucléaire dans notre production d’électricité ?

(1) - Plusieurs études montrent clairement que le taux d’accidentologie et d’atteintes à la santé chez les salariés des entreprises intervenant en sous-traitance est plus élevé que chez les salariés des entreprises donneuses d’ordres.

(2) - Le taux de syndicalisation chez les sous-traitants est très faible (environ 2 %).

(3) - Le Chantier ITER est significatif, à ce niveau là, à plus d’un titre.


_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot


Dernière édition par Admin le Mer 12 Nov - 17:33, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Admin
Admin
avatar

Messages : 5167
Date de naissance : 18/05/1952
Date d'inscription : 17/05/2013
Age : 65
Localisation : 21500 Montbard

MessageSujet: Loi sur la transition énergétique : Conclusion   Mer 12 Nov - 17:19

Loi sur la transition énergétique : Conclusion

Dans cette analyse, nous avons tenté de faire le tour de ce qui nous a semblé significatif dans cette loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

Depuis le Débat national sur la transition énergétique (DNTE) nous avons assisté à 2 ans de tergiversations, de rétropédalages, de manipulation de langage, d’enfumages,
de négociations mal abouties entre EELV et le PS.

Alors que le GIEC vient de repréciser avec insistance les conditions du dérèglement climatique et son impact violent sur tout notre écosystème, que la pollution de l’air augmente partout, que la précarité énergétique fait des ravages et que la santé et la sécurité des travailleurs et des citoyens représentent des risques de plus en plus grands, une transition énergétique digne de ce nom devrait transformer radicalement notre système énergétique pour éviter l’aggravation de ces changements.


Mais non : la croissance est première, et décide de tout.

Au final, nous héritons d’une loi totalement inadaptée à la crise écologique et sociale. Ségolène Royal et Laurent Fabius peuvent bien se montrer dans les manifestations pour sauver le climat, ils peuvent bien lancer des appels internationaux, en validant cette loi ils se disqualifient comme pouvant porter un véritable projet d’avenir.

Personne n’est dupe sur leurs dernières agitations seulement destinées à montrer qu’ils font tout pour déguiser en réussite la COP21 qui aura lieu à Paris en 2015 et donc rejeter la faute sur les autres (Chine, Russie, etc…) en cas d’échec.

Sauf que non seulement le capitalisme est incapable de redresser ses propres torts, mais il n’en a surtout pas intérêt. Se nourrissant des crises successives qu’il provoque, à grand coup de greenwashing, il va continuer de se gaver sur le dos de la planète et des salariés, sans aucun scrupule.


Qui veut véritablement inverser le processus autodestructeur qui a été mis en place, doit prendre conscience qu’en aucun cas notre système économique actuel ne peut le permettre.

L’écologie n’est rien sans sa dimension sociale et en ce sens, il n’y a d’écologie que politique, c’est-à-dire capable de penser une organisation collective qui s’inscrit dans l’ordre de la justice sociale. Il n’y a donc d’écologie que de gauche et la gauche de demain ne peut être qu’écologique.

La croissance verte est la promotion d’un illusoire capitalisme vert que la loi sur la transition énergétique protège en relançant une industrie nucléaire à l’agonie et dont le coût d’opportunité est extrêmement faible.

Il s’agit alors d’établir une échelle de priorité dans nos actions, au regard de la situation de crise économique, sociale, écologique et démocratique dans laquelle nous sommes.

S’agit-il de rechercher l’indépendance énergétique de la France ?

Alors il faut renoncer au nucléaire qui est totalement dépendant de nos approvisionnements étrangers (nigériens en particulier), nous pousse à maintenir un esprit colonialiste sur les pays du sud et risque, de plus en plus fréquemment, de nous entraîner dans des conflits armés et de mettre la vie de nos concitoyen-ne-s en jeu (comme vient de le prouver l’actualité au Mali).

S’agit-il de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre ?

Alors il faut commencer par réduire notre consommation et revoir notre modèle productiviste pour lequel le nucléaire était fait. Il faut commencer par réduire la source illusoirement intarissable et outrancière que représente le nucléaire.

S’agit-il de sortir de la précarité énergétique ?

Alors il faut casser l’illusion du coût faible du kWh de la production nucléaire d’électricité et faisons que les premières tranches d’électricité soient gratuites.

S’agit-il de créer des emplois sur notre territoire ?

Alors lançons une transition énergétique ambitieuse et une bifurcation écologique qui permettent de préparer un avenir serein dans le respect de l’intérêt général humain.

On peut sortir à la fois des énergies carbonées et du nucléaire. Il faut, pour cela, une volonté vraie d’engager une travail radical.

Ce travail qui consiste à remonter à la racine des choses et à reconstruire un modèle respectueux de notre écosystème dont la justice sociale est le pilier essentiel, nous l’appelons Écosocialisme.


Didier Thévenieau

_________________
« Le capital est semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant et, sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. » Karl Marx


Lionel Parisot
Revenir en haut Aller en bas
http://l-humain-d-abord.forumactif.org
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: En 7 épisodes : Loi sur la transition énergétique (À brûle Pourpoing)   

Revenir en haut Aller en bas
 
En 7 épisodes : Loi sur la transition énergétique (À brûle Pourpoing)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Transition énergétique - Prison ferme pour les escrocs à la pompe à chaleur
» Transition énergétique - Ecoquartier des Temps Durables à Limeil - Centrale biomasse
» Remise, poussette double, chaise transition
» Transition précoce
» Le sport et la transition

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Humain d'abord - Pour une 6ème République :: Lu ailleurs-
Sauter vers: