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 Tirage au sort et bienveillance démocratique (À brûle PourpoinG) + Tirage au sort : décadrer le débat, éviter les raccourcis, revenir aux basiques (Corinne Morel Darleux)

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MessageSujet: Tirage au sort et bienveillance démocratique (À brûle PourpoinG) + Tirage au sort : décadrer le débat, éviter les raccourcis, revenir aux basiques (Corinne Morel Darleux)    Mer 26 Nov - 9:44

Mardi 25 novembre 2014

Tirage au sort et bienveillance démocratique

La liste écologie du Parti de Gauche est un modèle (pas une perfection !) de ce qu’il est possible de faire pour nourrir les débats. Ainsi, parfois, quand les espaces se ferment ailleurs, elle devient le lieu d’échanges sur des sujets qui ne sont pas toujours pleinement dans son thème. Et tant mieux si elle peut compenser ! C’est le cas pour la réflexion sur le tirage au sort qui a émergé et qui a suscité mon intérêt. Mais afin que la liste écologie ne soit pas encombrée par ce sujet et qu’elle continue son travail, j’ouvre ici un échange sur un certain nombre de questions sincères que je me pose.

Préambule :

Comme ce sujet engendre une violence folle, je précise que je ne défends aucune personne ici, que j’ai peu de connaissance de ceux qui défendent ou combattent ce sujet, que je ne connais pas leurs arguments qui sont peut-être les mêmes que ceux que je vais exposer ici, que je n’ai pas de chapelle si ce n’est l’écosocialisme et que mon propos est questionnant avant tout.

Je regrette d’être obligé de prendre autant de précautions en m’exprimant mais il est évident que depuis quelques temps la pression monte, et qu’on peut se faire insulter à tout coin de page Internet. Et je n’aime pas ça. Personne n’aime ça. La pensée, pour pouvoir prendre le risque de son dépassement, doit se sentir en sécurité dans son expression.

Enfin, mon propos pourra paraître idéaliste à certains mais les principes universels qui guident l’Humanisme sont un idéalisme dont je me revendique. Renoncer à ces principes, c’est renoncer à l’Humanité.

Venons-en au tirage au sort qui me semble pouvoir permettre de régler certains problèmes, effectivement, mais c’est en même temps ce qui peut être dérangeant.


Tirer au sort semble partir du principe qu’il y a des abus dans le système électif : cumul dans le temps, grenouillage, professionnalisation, etc… ce qui n’est pas faux !

Mais alors est-ce à considérer qu’il faut tirer au sort parce que tous ceux qui prétendent à un mandat sont des abuseurs publics ? Est-ce donc exprimer que tout ceux qui se présentent à un mandat sont pourris ?

Mais plus encore !

Quand bien même ils seraient tous pourris, croit-on que ce qui les a fait élire est de la tricherie ? Auraient-ils bourré les urnes ? Je ne pense pas que ce soit le propos des défenseurs du tirage au sort.

Donc ils ont été élus parce qu’il ont eu une majorité de voix, relative souvent, absolue parfois. Sans négliger l’importance de l’abstention.

Au final, que ces gens soient pourris ou pas, ils trouvent des majorités pour les élire, et celles-ci se dégagent du peuple électeur qui choisit librement (en tout cas il est responsable de son choix) de voter pour untel ou pas.

Dans ce cas, le choix du tirage au sort n’est-il pas l’aveu d’une incapacité à faire voter le peuple en connaissance de cause et en toute conscience ? N’est-il pas le renoncement à la politique, à la démocratie et à l’émancipation ? N’est-ce pas l’aveu d’un échec à reconnaître le peuple comme souverain ? N’est-ce pas considérer qu’on ne parviendra jamais à faire valoir l’autonomie des êtres humains ?

Le tirage au sort, ailleurs qu’en politique, est toujours utilisé légitimement quand le choix que l’on doit faire ne peut avoir aucune raison déterminante et qu’aucun résultat n’est attendu au préalable. Ainsi est-ce le cas pour choisir un camp au début d’une rencontre de sport ou pour être juré aux assises (tout le monde peut l’être). Cela signifierait donc qu’en politique on n’aurait pas de raisons déterminantes qui pourraient nourrir la démocratie ni d’objectifs posés avant mandat ?

Laisser la démocratie au hasard est dérangeant dans le principe déresponsabilisant qu’il porte. Et il ne garantit pas que celui qui aurait été tiré au sort ne fasse pas n’importe quoi. Du coup, s’il se représente à l’élection suivante et se retrouve de nouveau tiré au sort ? Il y retourne ? Ou alors on vote pour savoir qui peut être tiré au sort ??

Mieux encore, si un prétendant au mandat a un projet politique « inadéquat » (pourquoi pas raciste) face à d’autres qui ont un projet jugé plus « adéquat ». Est-il juste de le tirer au sort ?

Il faudrait donc adjoindre au tirage au sort, le mandat impératif et le mandat unique ? On impose donc la liberté à ceux qu’on croit incapables de l’assumer en toute conscience, tout en leur donnant la possibilité d’obtenir un mandat par le sort ! ? Cette contradiction est embarrassante, comme dans le vote obligatoire d’ailleurs et il y a peu de chances qu’on porte de nouveaux espoirs pour le Peuple en partant de ces principes négatifs pour fonder une Constituante.

Enfin, cela est-il compatible avec la révocation des élus ? On tire au sort quelqu’un et ensuite on vote pour le révoquer ? On laisse au sort son travail à venir mais on permet au vote de juger du travail accompli. Mais en quoi ce vote de révocabilité serait plus juste que le vote qui confie un mandat, puisque le tirage au sort pose le principe de méfiance ? Et si son travail est excellent, on tirera tout de même au sort son départ en fin de mandat ? C’est compliqué de voir concrètement où sont les principes de justice là-dedans ?

Si au final le tirage au sort part du « tous pourris » , admet qu’ « on ne peut rien y faire, le peuple ne comprend pas » pour en conclure qu’ « il faut donc laisser la démocratie au hasard », c’est une contradiction qui ne présume en rien un bon départ pour une constituante.

Vote obligatoire, tirage au sort, mandat impératif, … voilà autant de questions qui doivent nous demander si c’est vraiment une bonne chose de fonder une constituante sur la peur du Peuple, la méfiance en l’autre, et notre incapacité supposée à établir les conditions d’une démocratie bienveillante.

Sûrement ce propos est-il incomplet voire caricatural, mais c’est toujours la vision de celui qui regarde de loin. En même temps, si la vision rapprochée est nécessaire, il faut toujours, à un moment donné prendre du recul pour avoir une vision de l’ensemble.

C’est bien le but de ce billet, faire prendre du recul par ma naïveté sur ce sujet.

Didier Thévenieau

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MessageSujet: Tirage au sort : décadrer le débat, éviter les raccourcis, revenir aux basiques (Corinne Morel Darleux)   Jeu 27 Nov - 12:28

Mercredi 26 novembre 2014

Tirage au sort : décadrer le débat, éviter les raccourcis, revenir aux basiques

Merci tout d'abord aux nombreux contributeurs qui se sont escrimés sur ce sujet et à Didier Thévenieau d'en avoir rappelé les impératifs de bienveillance sur son blog (voir ci-dessus). Du coup je me suis décidée à rédiger ma propre contribution, de manière toutefois un peu décalée car beaucoup de choses ont été dites sur le sujet, certainement mieux que je ne saurais le faire de part et d'autre. J'ai donc privilégié le pas de côté. Car comme sur d'autres sujets qui suscitent des réactions virulentes, à l'instar du nucléaire par exemple, il est souvent utile de décadrer le débat pour le ré-inspirer et apprendre à s'opposer sans se massacrer... Sur l'énergie, Negawatt a ainsi permis de rappeler qu'il était urgent de focaliser sur les économies d'énergie avant même de parler de nouvelles productions. Tachons de faire le même exercice avec le tirage au sort, en guise de contribution sur le fond de la question.


Car quel est l'objet réel du débat ? On ne peut pas sortir la question de son contexte, comme si le tirage au sort n'était qu'un sujet de réflexion théorique hors-sol. Or il me semble que la passion, voire la violence des échanges sur le tirage au sort qui se développent autour de l'idée de constituante, révèle en réalité davantage que son objet : elle est avant tout le reflet du dégoût et du rejet d'une grande part de cette classe politique méprisante et indigne de son mandat que ressentent de nombreux citoyens et militants. Aggravés par le fait qu'ils ont déjà été dépouillés d'une large portion de souveraineté populaire au profit de l'union européenne, en matière budgétaire et monétaire notamment, et ce malgré le non a référendum sur le TCE de 2005. Tout ça ne crée pas les conditions de la confiance ni d'un débat serein. Sans parler des nombreuses atteintes à la démocratie mises en évidence dans les combats citoyens contre les gaz de schiste et de nombreuses luttes écologistes depuis, sur lesquelles je ne m'étends pas davantage.

Dans ce contexte, tout le monde voit bien qu'il ne peut exister de raccourci, pas plus que de baguette magique. Rendre le vote obligatoire sans autre préalable, par exemple, ne reviendrait dans la situation actuelle qu'à servir aux électeurs le vote FN comme défouloir sur un plateau d'argent. Ce qu'il faut changer n'est pas le choix citoyen qui réside dans la liberté de voter - ou non - pour un candidat porteur d'un projet politique, mais les conditions d'une confiance restaurée dans le fait que ce vote, et son intention, seront respectés.

Ce que ce débat indique, la vraie question sous-jacente, me semble donc être pour l'heure celle de la représentativité des élus, du respect de leurs engagements et de leur incorruptibilité. Or le tirage au sort ne peut être, dans tous les cas de figure, qu'un moyen. Ne perdons pas de vue l'objectif final : celui de la souveraineté populaire et d'une démocratie réellement représentative – qui n'exclut pas des actions de démocratie directe par ailleurs. Le tirage au sort permet-il d'améliorer la représentativité ? Sans doute. Le respect des engagements et l'incorruptibilité des élus ? J'en suis moins sûre. En tout état de cause, s'il peut être un moyen, il en existe d'autres. Et donc, avant de s'écharper sur le tirage au sort, je m'étonne que, par ce qui ressemble un peu trop à mon goût à un effet de mode, on en oublie nos fondamentaux.

Pour ne rester centrée que sur les mécanismes électoraux, puisque c'est de cela dont il est question, citons le non-cumul des mandats, en simultané et dans le temps. Un basique qui changerait déjà énormément de choses. Rappelons à titre d'exemple qu'à 54 ans, le député maire UMP Hervé Mariton dans la Drôme cumule à lui seul 47 années de mandats, tous mandats confondus. De même, un statut de l'élu revisité permettrait à des salariés de se lancer sans crainte de perdre leurs qualifications, et aux élus locaux de moins se cramponner en facilitant leur retour à l'emploi après l'exercice de leur mandat. Un autre exemple significatif : le droit de vote des étrangers. Curieusement on n'en entend plus beaucoup parler, et c'est bien dommage. A mon avis ça changerait deux-trois trucs déjà. Idem des campagnes populaires d'inscription sur les listes électorales qui ont été peu à peu délaissées.

Autre revendication quasi-historique, la proportionnelle, pour sortir du bipartisme UMP-PS, et la stricte parité, avec des sanctions plus lourdes qu'actuellement et un dispositif de suivi plus fin. Parce que personnellement j'ai encore en travers de la gorge la démission quelques jours à peine à l'issue du scrutin des européennes, de la deuxième élue du FN au profit du troisième homme dans le Centre. D'autres propositions existent, comme la prise en compte du bulletin blanc, qui est désormais comptabilisé mais toujours pas considéré comme « exprimé ». Je ne reviens pas sur le recours aux referendums citoyens ou à la révocation des élus qui ont été largement développés par ailleurs.

Mais j'en pose une autre, qui me semble d'évidence et que j'ai rarement vu passer : celle du quorum. Dans toutes les institutions il faut un minimum de voix qui s'expriment pour pouvoir adopter une mesure. C'est d'ailleurs ainsi que se retrouvent bloqués nombre de nos vœux à la Région, faute d'élus présents en session le vendredi après-midi... Or le président de la République François Hollande a été élu avec moins de 50% des inscrits. Et encore, c'est un des scrutins les plus suivis. Il est incompréhensible qu'un candidat local puisse être élu avec un nombre de voix parfois ridiculement faible, ne représentant que quelques pouillèmes des inscrits sur les listes électorales, et que seuls les suffrages exprimés soient mis en avant. Réfléchissons-y.

Et enfin, une dernière : le financement public des campagnes électorales, par une avance de trésorerie et strictement plafonné au même niveau pour tous les candidats. Obtenir un prêt de la banque pour avancer les frais est souvent rédhibitoire pour les citoyens non nantis qui aimeraient se lancer mais ne peuvent pas assumer financièrement. Voir certains candidats investir des sommes colossales et inutiles confine parfois à l’écœurement. Et se retrouver coincés en guise de financement des campagnes électorales entre les affaires Bygmalion ou les shows sponsorisés en mode étatsunien ne fait pas franchement envie.

Bien entendu ces propositions ne sont pas exhaustives et ne touchent qu'une partie du problème, mais voilà un ensemble de mesures concrètes, que le débat autour du tirage au sort ne devrait pas nous faire oublier.

À mon humble avis.

Avant, sur le même sujet : Appel pour une sixième république, soyons tous des semeurs de blé

Corinne Morel Darleux

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